• Une super-héroïne inattendue chez Marvel

    Pendant que Télérama et Les Inrocks se chamaillent sur "l'âge d'or des séries" à coups de classements et d'analyses pointues à base de "The Wire* c'est teeeellement littéraire! C'est le grand roman américain tu vois" et autres "Breaking Bad a ré-vo-lu-tion-né la télévision", je vous propose un petit détour par une série "populaire" (beurk), "simple" (re-beurk) et sur ABC ("quoi, c'est même pas une série AMC? ni HBO? mais c'est bien quand même?"). Et croyez-moi, même si vous saturez des séries de super héros, vous allez aimer:

    AGENT CARTER

    Une super-héroïne inattendue chez Marvel

     

    Agent Carter est l'autre série produite par Marvel, pas celle avec l'acronyme donc. Plus modeste mais aussi plus solide qu' Agents of S.H.I.E.L.D. dès son entrée en matière, Agent Carter n'est pas le chef d'oeuvre qui fera jaser dans les dîners en ville, mais sa simplicité la rend accessible à tous, y compris aux plus jeunes qui pourront s'imprégner d'une héroïne de qualité.

    Agent Carter n'est pas l'incroyable histoire pleine de rebondissements qui retombe comme un soufflé à cause de scénaristes à la vue courte, plus intéressés par le cliffhanger que par la destination. Toutefois, Agent Carter offre, à qui veut bien lui accorder le bénéfice du doute, une histoire qui se déploie habilement sur 8 épisodes, sans incohérences, sans scènes "de trop", sans épisode de remplissage d'avant les sweeps, et avec un appréciable équilibre entre action, narration et émotions.

    Juste après la Seconde Guerre Mondiale qui a vu Captain America disparaître en mer, Peggy Carter (qu'on a découverte dans les films) se voit officieusement rétrocéder au rang de simple secrétaire malgré son titre d'agent qu'elle a conservé. Il faut dire que ses collègues du SSR (l'ancêtre du S.H.I.E.L.D), tous exclusivement masculins, et blancs, peinent à voir au-delà de son identité de femme. Encore affectée par la perte de Steve Rogers, Carter accepte de bon gré de rechausser son tailleur pantalon d'agent spécial lorsque Howard Stark (père du futur Iron Man et à l'origine du sérum qui a "fait" Captain America) est accusé de vendre des armes à l'ennemi russe.

     

    Une super-héroïne inattendue chez Marvel

     

    Malgré son intrigue ancrée dans le Marvel Universe, Agent Carter ne donne jamais l'impression au spectateur de passer à côté de clins d'oeil réservés aux initiés, contrairement à Agents of S.H.I.E.L.D. D'ailleurs, en bien ou en mal, son aspect Marvel se fait rapidement oublier. Il faut dire que la série a su gérer avec ingéniosité ce qu'on (pas moi) a largement reproché à Agents of S.H.I.E.L.D.: son manque de super-héros. AoS s'est vue contrainte dans sa première saison de nous servir des mutants de bas étage, des Asgardiens de seconde zone ou de simples allusions à l'existence de super héros à coups de punchlines (parfois drôles cependant). Mais ça a coûté à la série son identité, en tout cas au départ. Résultat: des personnages obligés de littéralement jouer les femmes de ménage pour les vrais super héros, ceux des films (voir l'épisode post-Thor 2). Si Agents of S.H.I.E.L.D. a aujourd'hui plutôt bien réussi à relever le cap, ses débuts chancelants l'ont assurément et durablement pénalisée en termes d'audience. Parce qu'Agent Carter se situe au début de l'invention des super héros, elle est libérée de ce fardeau et sa seule marque fantastique se situe du côté des inventions de Stark. De manière inattendue, il en résulte une grande fraîcheur: pas d'allusions incessantes, pas de passé mythologique à trimballer et à essayer de mettre en valeur pour faire sautiller les fans sur leur fauteuil avec des cris suraigus du genre "han! j'ai trouvé! c'est [insérer ici personnage de comics apparu dans 4 numéros en 1977]".

     

    Une super-héroïne inattendue chez Marvel

     

    Doit-on en déduire qu'il n'y a pas de super héros dans Agent Carter? Bien sûr que si! Un indice: son nom est dans le titre. Et oui, les scénaristes ont malicieusement joué sur la partition du super héros: Peggy n'a pas de super pouvoir, a priori. Sauf que dans un monde ultra machiste, la faiblesse de sa condition féminine devient sa force. Comme ces jeunes adolescents boutonneux rabroués ou invisibles qui enfilent une cape ou un masque le soir venu et que personne ne soupçonnera jamais, Peggy Carter est obligée d'agir en secret parce que personne ne reconnaît à sa juste valeur, son travail, ses idées ou même parfois sa simple présence. Il y a certes quelques moments un peu trop explicites, que je peux sans problème pardonner dès que je pense aux jeunes pré-adolescentes et ados qui regarderont la série et y verront un modèle féminin positif. Mais dans l'ensemble, le traitement de la place des femmes se coule très naturellement dans l'intrigue. Et je crois que je n'avais pas vu un personnage féminin se battre comme ça depuis Buffy.

     

    Une super-héroïne inattendue chez Marvel

     

    Le gros point fort d'Agent Carter pour moi est son esthétique. En plus des costumes et des décors de rigueur, la série ne donne jamais l'impression d'être anachronique dans son ton ou ses personnages. Il y a un plaisir incomparable à se plonger dans cette atmosphère des années 40, où les hommes portent bretelles et chapeaux, et les femmes robes amples et lèvres très rouges. La musique est également un délice. Et je ne peux que recommander de regarder l'agent Carter casser la gueule de 3 mecs dans un diner aux couleurs pastel sur fond de swing des années 40. C'est assez jouissif...

    La série ne tiendrait sans doute pas aussi bien la marée sans son impeccable actrice, Hayley Atwell. Elle est parfaite et convainc immédiatement: on ne peut que la suivre sans retenue dans ses histoires. Pour ce qui est du reste du casting, c'est un peu plus inégal. Si Enver Gjokaj (Victor de Dollhouse) fait plutôt du bon boulot, je suis plus imperméable au talent de Chad Michael Murray ou à celui de l'acteur qui incarne le Chef Dooley. En revanche, James D'Arcy dans le rôle de Jarvis est un excellent choix: on devine une profondeur bienvenue sous son inévitable côté majordome british à la Jeeves (en plus maladroit). D'ailleurs les délicieux accents britanniques de Carter et de Jarvis apportent un indéniable charme supplémentaire à l'ensemble...

     

    Une super-héroïne inattendue chez Marvel

     

    Les 8 épisodes forment un arc bouclé, mais tout est fait pour que la série puisse continuer en saison 2. Même si les espoirs de renouvellement sont plus que minces...

    Que cette longue prose ne vous induise pas en erreur. Agent Carter n'est rien de plus qu'un divertissement solide, avec une intrigue bien ficelée, une héroïne badass attachante et qui vous fera passer deux agréables soirées. Mais... c'est déjà pas mal, non?

     

     

    *En vrai, moi aussi je trouve The Wire brillantissime. Mais je fais pas chier avec lors des dîners en ville.

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  • Commentaires

    1
    bernard
    Vendredi 11 Mars 2016 à 23:41

    Je ne suis pas vraiment fan de Captain America, mais j’avoue que la série m’interpelle beaucoup :). Ce sera aussi l’occasion de retrouver Chad Michael Murray à l’écran.

      • Samedi 12 Mars 2016 à 20:18

        Chad Michael Murray n'est vraiment pas ce que la série propose de mieux... Il est bien faible par rapport à la solidité des autres acteurs.

        Le duo Atwell/D'Arcy est un bonheur en revanche!

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