• Un petit éloge? Pas vraiment

    Aujourd'hui j'ai lu, dans le bus et entre deux cours, le Petit éloge des séries télé de Martin Winckler (collection Folio à 2€). Et ma foi je dois dire que le titre est un peu mensonger. Bête que je suis je m'attendais à un éloge, une méditation poétique sur le bonheur que peuvent procurer ces petits instants télévisuels, les émotions qu'ils suscitent, la joie de retrouver semaine après semaine, année après année des personnages qui nous sont devenus plus intimes que nos propres voisins. Il n'en est rien.

    Ce Petit éloge des séries télé est en réalité une (certes parfaite) entrée en matière pour néophytes. Après un court chapitre sur la naissance de son amour pour les séries télé et la relation qu'il entretient avec elles, Martin Winckler détaille l'histoire et les modes de production (câble/network, guests star etc.) C'est lorsqu'il parle de la production française qu'il est le plus intéressant, pointant du doigt ce que Sullivan Le Postec ou Dominique Montay ont cent fois déploré: le manque de pouvoir accordé aux scénaristes et le manque d'ambition des chaînes.On retiendra aussi un passage inattendu à propos de la légitimité de se procurer illégalement des séries télé, un point de vue que j'ai toujours formulé comme il le fait et que je partage donc totalement. Quant à sa vindicte contre la censure et la vf, elle touche juste et convaincra sans doute ceux qui ne connaissent rien au problème. Avec comme argument majeur que la solution réside dans une revalorisation de l'image du téléspectateur, que les chaînes doivent cesser de considérer comme un être à l'intelligence inférieure. Car alors elles participent à forger cette infériorité.

    Un petit éloge? Pas vraiment

    Mais surtout Martin Winckler n'a de cesse de rétablir dans sa légitimité le goût pour les séries, rappelant qu'il n'est pas plus infâme que la cinéphilie ou la passion pour les romans. Parce que ce qui compte c'est avant tout une bonne histoire, le reste n'est que détails.

    Je vais être honnête, je n'ai pas appris grand chose. Mais j'ai eu envie de découvrir Evrybody Loves Raymond, Dharma & Greg et Minuit, le soir et de redonner sa chance à Justified. Et c'est déjà pas mal.

    Faut-il acheter ce livre? Oui. Parce que deux euros c'est peu pour soutenir l'édition, les séries et Martin Winckler. Et surtout parce que ce petit bouquin, d'à peine plus de cent pages, vous aurez envie de le coller entre les mains de la moindre personne regardant les séries en vf sur TF1, vous demandant pourquoi il n'y a que 12 épisodes dans Dexter ou vous disant que franchement, une série, c'est pas grand chose.

    Si vous avez déjà dans votre bibliothèque Les Miroirs de la Vie, ce bouquin sera sans doute de trop (mais bon, vu le prix est-ce une raison suffisante pour s'en priver?). Sinon c'est une bonne introduction à la plume sériphile de Winckler.

    Et puis, franchement, ce bouquin aurait pu être écrit par un ou deux autres dont nous n'aurions pas voulu... (je ne cite personne, mais ceux qui savent me comprendront.)

    Je pense en tout cas que ce Petit éloge des séries télé fera vraiment un excellent cadeau de Noël à moindre frais pour tous vos amis qui s'y connaissent moins que vous en séries.

    Je vous laisse sur cette phrase que j'ai retenue: "Stricto sensu, il n'y a pas de différence morale entre la censure exercée sur les séries par une chaîne française et celle d'un gouvernement autoritaire censurant des livres." p.85

    PS: Martin Winckler confirme dans ce livre qu'il est en train d'en écrire un autre sur House M.D. et l'éthique médicale!!! (mon enthousiasme justifie la présence des ces trois points d'exclamation peu esthétiques)

     

     EDIT: ladyteruki m'a fait l'honneur ce commentaire que je mets directement à la suite de mon billet, comme un bel addendum:

    Préambule : je suis d'une atroce partialité en matière de Martin Winckler. C'est mon idole. Alors que j'ai très peu d'idoles, toutes professions confondues. Je pense me faire tatouer son nom sur la fesse gauche un jour, ou l'équivalent qui ne nécessite l'usage d'aucune aiguille. Je l'adore. Je ne partage pas nécessairement ses goûts (ce qui est assez logique considérant le nombre de choses qui nous séparent), mais je partage totalement l'esprit qui semble être le sien vis-à-vis des séries.

    Pour autant je suis une vilaine, vilaine fan. J'ignorais totalement la sortie de ce livre et il a fallu que tu en parles pour que je plannifie un raid à la FNUC. Cet après-midi. Là, ya une heure dix. Et donc j'ai fini le livre voilà dix minutes. Et c'est tout ce que j'aime chez Winckler ! C'est la passion, l'envie, la curiosité, la tendresse... beaucoup de tendresse !

    Là où toi et moi divergeons, c'est sur la comparaison avec Les Miroirs de la Vie (que je n'ai pas ouvert depuis un an et demi, certes ; je te jure je me battrais des fois). Je crois qu'ils se complètent, plutôt, et que cela implique quelques zones communes, mais que Les Miroirs de la Vie avait quand même une mission d'histoire, d'éducation "théorique", que n'a pas l'Eloge, lequel replace certaines choses dans leur contexte, mais uniquement afin d'appuyer la démonstration de Winckler sur son rapport aux séries.
    Ce qui est incroyable dans ce livre, c'est que, alors que des ouvrages prétendant réhabiliter le genre, il en est sorti pas mal ces dernières années, Winckler prend un contrepied total en partant sur l'affectif, et la relation de l'affectif à l'intellectuel, en bref : la façon dont on vit les séries en tant que spectateur. Il ne veut pas simplement revenir sur l'histoire du genre, les grands titres et les noms importants, afin de poser les bases d'une connaissance des séries, il veut donner des repères et énonce des noms propres comme on évoque des amours anciennes.  Il ne veut pas juste parler de la qualité technique ou narrative de ces séries, comme tant d'autres le font parce qu'ils veulent convaincre une élite de daigner donner de l'importance (= leur très importante attention) aux séries, non, ça s'adresse à des gens qui ont un coeur et un cerveau fonctionnel et qui veulent combler l'un, l'autre ou les deux. L'Eloge ne réhabilite pas un support, il transmet une passion ! Il ne veut pas former des experts, il veut former des spectateurs instruits, parfaitement en possession des éléments pour devenir exigeants ; pas pour briller en société, mais pour eux-mêmes. L'Eloge est l'un des ouvrages les plus forts téléphagiquement que j'aie lus ces dernières années !

    Enfin sur l'essentiel, toi et moi sommes d'accord, bien-sûr, dit-elle en descendant de sa boîte à savon, en rangeant son fanion à l'effigie de Martin Winckler, et en se recoiffant. D'ailleurs j'ai déjà prévenu tous mes proches que ce serait leur cadeau de Noël cette année. Comme ça c'est fait. Merci en tous cas d'avoir publié, une fois de plus, un post d'utilité publique. Sans toi, j'aurais deux euros de plus dans la poche et ça ferait de moi un sad panda.

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 5 Octobre 2012 à 19:47

    "Parfaite entrée en matière pour néophytes" ? Ca m'intéresse ! Y'a pas de raison que seuls des L1 aux yeux de merlan frit aient droit à un exposé détaillé sur le sujet ;)

    Je le mets tout de suite sur ma liste de bouquins à lire/acheter, qui commence à être un peu trop longue pour être réaliste, mais si c'est bien fait et concis, y'a pas de raisons :)

    2
    amdsrs Profil de amdsrs
    Samedi 6 Octobre 2012 à 13:13

    C'est vrai que si le livre avait été sorti à l'époque, je l'aurais obligatoirement fait lire à mes L1!

    Merci pour le commentaire :-)

    3
    Lundi 8 Octobre 2012 à 18:15

    Préambule : je suis d'une atroce partialité en matière de Martin Winckler. C'est mon idole. Alors que j'ai très peu d'idoles, toutes professions confondues. Je pense me faire tatouer son nom sur la fesse gauche un jour, ou l'équivalent qui ne nécessite l'usage d'aucune aiguille. Je l'adore. Je ne partage pas nécessairement ses goûts (ce qui est assez logique considérant le nombre de choses qui nous séparent), mais je partage totalement l'esprit qui semble être le sien vis-à-vis des séries.

    Pour autant je suis une vilaine, vilaine fan. J'ignorais totalement la sortie de ce livre et il a fallu que tu en parles pour que je plannifie un raid à la FNUC. Cet après-midi. Là, ya une heure dix. Et donc j'ai fini le livre voilà dix minutes. Et c'est tout ce que j'aime chez Winckler ! C'est la passion, l'envie, la curiosité, la tendresse... beaucoup de tendresse !

    Là où toi et moi divergeons, c'est sur la comparaison avec Les Miroirs de la Vie (que je n'ai pas ouvert depuis un an et demi, certes ; je te jure je me battrais des fois). Je crois qu'ils se complètent, plutôt, et que cela implique quelques zones communes, mais que Les Miroirs de la Vie avait quand même une mission d'histoire, d'éducation "théorique", que n'a pas l'Eloge, lequel replace certaines choses dans leur contexte, mais uniquement afin d'appuyer la démonstration de Winckler sur son rapport aux séries.
    Ce qui est incroyable dans ce livre, c'est que, alors que des ouvrages prétendant réhabiliter le genre, il en est sorti pas mal ces dernières années, Winckler prend un contrepied total en partant sur l'affectif, et la relation de l'affectif à l'intellectuel, en bref : la façon dont on vit les séries en tant que spectateur. Il ne veut pas simplement revenir sur l'histoire du genre, les grands titres et les noms importants, afin de poser les bases d'une connaissance des séries, il veut donner des repères et énonce des noms propres comme on évoque des amours anciennes.  Il ne veut pas juste parler de la qualité technique ou narrative de ces séries, comme tant d'autres le font parce qu'ils veulent convaincre une élite de daigner donner de l'importance (= leur très importante attention) aux séries, non, ça s'adresse à des gens qui ont un coeur et un cerveau fonctionnel et qui veulent combler l'un, l'autre ou les deux. L'Eloge ne réhabilite pas un support, il transmet une passion ! Il ne veut pas former des experts, il veut former des spectateurs instruits, parfaitement en possession des éléments pour devenir exigeants ; pas pour briller en société, mais pour eux-mêmes. L'Eloge est l'un des ouvrages les plus forts téléphagiquement que j'aie lus ces dernières années !

    Enfin sur l'essentiel, toi et moi sommes d'accord, bien-sûr, dit-elle en descendant de sa boîte à savon, en rangeant son fanion à l'effigie de Martin Winckler, et en se recoiffant. D'ailleurs j'ai déjà prévenu tous mes proches que ce serait leur cadeau de Noël cette année. Comme ça c'est fait. Merci en tous cas d'avoir publié, une fois de plus, un post d'utilité publique. Sans toi, j'aurais deux euros de plus dans la poche et ça ferait de moi un sad panda.

    4
    Samedi 3 Novembre 2012 à 18:27

     Que dire ? Sinon merci, a amdsrs et à ladyteruki. C'est bon d'être compris. 

    Martin W

    5
    Alexis Z
    Lundi 5 Novembre 2012 à 16:46

    A Ladyteruki:

    Moi aussi je suis fan de MW ! J'ai tout lu tous ses livres ! Même celui sur Dr House qui n'est pas encore sorti ! J'ai piraté son ordinateur pour pouvoir le lire !

    (Bon je ne les ai pas absolument tous lu, par exemple j'ai pas lu "Les confitures de ma mère et les onguents de mon père" aux éditions Rhubarbe & Moutarde, ni "Mission : Impossible" qui est aujourd'hui introuvable, ni le recueil de nouvelles qui vient de sortir en numérique sur publie.net, et sans doute un ou 2 autres...)

    Mais je suis le plus grand fan au moins ex-aequo avec toi !

    La preuve ? Je connais par coeur la vie de Bruno Sachs et de ses frères virtuels (Abel, Charlie, Daniel, Emmanuel qui apparait dans son dernier bouquin "En souvenir d'André" et Frédéric). Je connais aussi les 4 versions de l'histoire de la femme malade qui veut rentrer chez elle et de l'étudiant qui explique ça au patron dans le couloir après avoir fermé la porte (1: Les Cahiers Marcoeur; 2: La Maladie de Sachs; 3: Plumes d'Ange; 4: Les Trois Médecins). Et j'ai trouvé les références à Moebius et Clash dans Les Cahiers Marcoeur, et la référence à Perec dans Le Choeur des Femmes, etc., et j'ai décelé la présence du bélier anglais (ram) dans tous les prénoms de Winckler (Marc/Martin) son père (Ange Abraham) et son grand-père (Mardocchée) ce qui renvoie à sa nouvelle de jeunesse envoyée à Asimov (cf. Légendes), et j'ai même trouvé une clef alphabétique inspirée d'Arsène Lupin qui explique qui est réellement Laetitia Delorme/Desormes/Desormeaux dans Les Cahiers Marcoeur...

    On est faits pour s'aimer !

    Quand est-ce qu'on se rencontre ? :-)))

    (Alors là, c'est la première fois que je fais un truc pareil, la drague winclérienne...)

    6
    Vanessa
    Lundi 2 Novembre 2015 à 11:58

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