• Stephen Fry à propos de l'Église catholique

    Parce que je trouvais dommage que personne n'ait traduit en français ce discours de Stephen Fry, je propose aux non-anglophones ma propre version. Elle est approximative (la traduction est un métier et ce n'est pas le mien) mais c'est mieux que rien.

    Il s'agit d'un débat organisé en octobre 2009 par Intelligence Squared et dont le sujet était "Is the Catholic Church a force for good in the world?" ("L'Église catholique est-elle une force de bien dans le monde?")

    Stephen Fry et l'essayiste Christopher Hitchens représentent le NON, tandis que la très conservatrice parlementaire Ann Widdecomb (anti-IVG, pro-peine de mort, anti-blasphème etc.) et l'archevêque nigérian John Onaiyekan défendent le OUI.

    L'intégralité du débat se trouve ici.

    La prise de parole de Stephen Fry est ci-dessous:

    Traduction (du mieux que j'ai pu et avec des coupes):

    "Je crois sincèrement que l'Église catholique n'est pas, pour le dire gentiment, une force de bien dans le monde, et il est donc important pour moi d'essayer de présenter mes arguments du mieux possible afin d'expliquer pourquoi je pense cela. Mais je veux tout d'abord dire que je n'ai aucun problème, aucun conflit avec, ni aucun mépris envers les croyants et les pieux membres de cette église. Il serait insolent et mal de ma part d'exprimer de l'hostilité envers toute personne qui souhaite trouver le salut, quelle que soit la forme. Pour moi, cela est sacré, tout autant que n'importe quel article de foi est sacré pour toute personne se revendiquant d'une foi ou d'une église dans le monde. C'est très important. Il est également très important pour moi, d'avoir mes propres croyances. Il s'agit d'une croyance dans les Lumières, une croyance dans l'aventure éternelle qui consiste à essayer de découvrir une vérité morale dans le monde, et il n'y a rien, malheureusement, que l’Église catholique et de sa hiérarchie aiment plus que d'attaquer les Lumières. Elle l'a fait à l'époque: vous avez parlé de Galilée et du fait qu'il a été torturé, pour tenter d'expliquer la théorie copernicienne de l'univers. Imaginez dans ces deux kilomètres carrés combien de personnes ont été brûlées pour avoir lu la Bible en anglais. Et l'un des principaux tortionnaires de ceux qui ont essayé de lire la Bible en anglais, ici à Londres, était Thomas More. D'accord, c'est il y a longtemps, ça n'est pas très pertinent, sauf que c'est seulement au siècle dernier que Thomas More a été canonisé, et c'est seulement en 2000, que le pape précédent, le Polonais, a fait de Thomas More le Saint Patron des politiciens. C'était un homme qui a mis des gens au supplice pour avoir osé posséder une Bible en anglais: il les a torturés parce qu'ils possédaient une Bible écrite dans leur propre langue. L'idée que l’Église catholique existe pour diffuser la parole du Seigneur est un non-sens. Elle est le seul propriétaire de la vérité pour les milliards de croyants qu'elle se vante d'avoir, parce que ces milliards ne sont pas éduqués et sont pauvres, comme encore une fois l'Église est fière de le dire. Il est peut-être injuste de ma part, en tant qu'homosexuel, de me plaindre de cette énorme institution, qui est l'église la plus grande et la plus puissante sur Terre, qui a plus d'un milliard de membres, comme elle aime nous le rappeler, et chacun d'entre eux étant sous la stricte obligation de croire aux dogmes de l'église, même s'ils peuvent bien sûr personnellement les discuter. Il est difficile pour moi d'entendre que je suis malfaisant, parce que je me vois comme quelqu'un rempli d'amour, dont le seul but dans la vie est de parvenir à l'amour, et qui ressent de l'amour pour tellement de choses dans la nature et le monde et pour tout le reste. Nous n'avons certainement pas besoin de cette stigmatisation, cette victimisation, qui mène au harcèlement dans les cours de récréation quand les gens disent que vous êtes un individu déréglé et moralement mauvais. Ce n'est pas gentil, ce n'est pas gentil. Le genre de cruauté dans l'éducation catholique, le genre de - n'appelons pas ça "maltraitance des enfants", il s'agit de viol d'enfants - le genre de viol d'enfant qui a eu lieu systématiquement pendant si longtemps, imaginons que nous pouvons ignorer cela et dire que ça n'a rien à voir avec la structure et la nature de l’Église catholique, et la manière tordue et névrosée et hystérique avec laquelle ses dirigeants sont choisis: le célibat, les religieuses, les moines, le sacerdoce; ce n'est pas naturel et normal, mesdames et messieurs, en 2009, vraiment pas.


    Je dois encore aborder un des sujets les plus chers à mon cœur: j'ai réalisé trois documentaires sur le SIDA en Afrique. J'ai un amour particulier pour l'Ouganda, c'est l'un des pays que j'aime le plus au monde. Il y a eu une période où l'Ouganda avait le pire taux de VIH / SIDA au monde. Mais grâce à une initiative étonnante appelée ABC (Abstinence, fidélité et utilisation correcte des préservatifs)... Ces trois-là! Je ne nie pas que l'abstinence est un très bon moyen de ne pas contracter le SIDA, c'est vraiment le cas, ça marche, le fait d'être fidèle aussi, mais aussi les préservatifs, ne le niez pas! Et ce pape, ce pape, non content de dire "les préservatifs sont contre notre religion, s'il vous plaît d'abord envisagez l'abstinence, la deuxième solution étant fidèle à votre partenaire", ce pape répand le mensonge que les préservatifs augmentent effectivement le taux de sida, il s'assure que l'aide soit conditionnée au refus du préservatif. Je suis allé à l'hôpital de Bwindi dans l'ouest de l'Ouganda, où je travaille pas mal, c'est incroyable la douleur et la souffrance que vous y voyez. Alors, oui, oui c'est vrai que l'abstinence empêche le sida. Ce qui est étrange à propos de cette Église, c'est qu'elle est obsédée par le sexe, absolument obsédée. Certes, ils vont nous dire qu'avec notre société permissive et nos blagues grossières, nous sommes obsédés. Non. Nous avons une attitude saine, nous aimons ça, c'est amusant, c'est joyeux et parce que c'est une impulsion primaire, ça peut être dangereux et sombre et difficile. C'est un peu comme la nourriture en fait, mais en encore plus excitant. Les seules personnes qui sont obsédées par la nourriture sont les anorexiques et les obèses morbides, et ça, en termes érotiques, c'est un résumé de l’Église catholique.


    Savez-vous qui serait la dernière personne à être acceptée comme prince de l'Eglise? Le charpentier de Galilée. Ce Juif. Ils le vireraient à coups de pied avant même qu'il essaie de franchir le seuil. Il serait tellement mal à l'aise dans cette Église. Que penserait-il, que penserait-il de Saint-Pierre? Que penserait-il de la richesse et du pouvoir, de l'auto-justification, et des excuses enjôleuses? Le pape pourrait décider que toute cette puissance, toute cette richesse, cette hiérarchie des princes et des évêques et des archevêques et des prêtres et des moines et des nonnes pourraient être envoyés dans le monde avec de l'argent et les trésors d'art, pour les rendre aux pays qu'ils ont autrefois violentés et violés, ils pourraient donner cet argent, et ils pourraient se concentrer sur l'essence présumée de leur croyance. Et là, je me tiendrais ici et je dirais que l'Eglise catholique pourrait bien être une force de bien dans le monde. Mais en attendant ce jour, ce n'est pas le cas. Je vous remercie."



    Un peu plus tard, Stephen Fry est interrogé sur ce qu'il a dit concernant la place de l'homosexualité au sein de l'Église:

    "Eh bien, je crains que ce ne soit le cas, elle la condamne vraiment, oui. Elle l'appelle, le mot officiel est un dérèglement, mais ça a été peaufiné par le Pontife actuel, Ratzinger, qui l'a appelé un mal moral (moral evil). Mais d'un autre côté, nous devons nous souvenir, comme ça a été évoqué tout à l'heure, que l'Église est très vague sur les maux moraux, parce que même s'ils essaient d'accuser les gens comme moi, qui croient dans l'empirisme et les Lumières, d'une certaine manière ce qu'ils appellent relativisme moral, comme si c'était un péché terrible, alors que ce que ça signifie réellement c'est "la pensée", ils pensait par exemple que l'esclavage était parfaitement normal, absolument sans problème, et puis ce n'était plus le cas. Et quel est l'intérêt de l'Église catholique si elle dit «oh, eh bien, on ne pouvait pas savoir, parce que personne d'autre ne le savait», alors à quoi servez-vous?"

     

    Enfin, la déclaration conclusive:

    "Ça a été un débat très intéressant, et je ai beaucoup certaines des questions de la salle. Je suppose que je suis un peu déçu que Ann Widdecombe en particulier ne dise pas «oh, je savais qu'ils allaient mettre sur le tapis les préservatifs et le viol des enfants et l'homosexualité." C'est un peu comme un voleur au tribunal la cour qui dirait "vous parlez de ce cambriolage et de cet homicide, mais vous ne mentionnez pas le fait que j'ai offert un cadeau d'anniversaire à mon père" Il y a une raison pour laquelle on martèle ces questions: parce qu'elles sont importantes. C'est une telle opportunité de détenir un milliard d'âmes grâce au baptême. C'est une telle opportunité de faire quelque chose de remarquable, d'améliorer cette planète, et c'est une opportunité qui, constamment et avec arrogance, n'est jamais saisie. Et j'en suis désolé."

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