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    Rabelais : « L'enfant est un feu à allumer et non un vase à remplir »

     

    La récente réforme du collège conduite par la ministre Najat Vallaud-Belkacem préconise une attitude toujours plus active de la part de l'élève avec la mise en place d'Enseignements Pratiques Interdisciplinaires. En ce sens, l'actualité semble donner raison à la pensée humaniste du XVIème siècle telle qu'incarnée par François Rabelais qui écrivait que « l'enfant est un feu à allumer et non un vase à remplir ». Mais il convient replacer ce jugement dans son contexte : cette conception est révolutionnaire pour une époque marquée par l'enseignement scolastique et la vision d'une éducation fondée exclusivement sur l'accumulation de connaissances.

     

    Certes, tout bon éducateur, professeur ou parent, vise à faire de l'enfant un adulte apte à exercer sa liberté et comme selon Aristote « l'homme a naturellement la passion de connaître » (Métaphysique), il s'agirait simplement de suivre la pente naturelle de l'enfant actif et curieux. Le plus grand inconvénient qu'il y a à concevoir l'éducation simplement comme une transmission de connaissances est sans doute que cela revient à habituer l'enfant à n'être que le receveur et à ne jamais exercer sa curiosité dans le but d'apprendre par lui-même. Depuis une ou deux décennie, on assiste à la créations d'établissements publics expérimentaux comme le collège Anne Frank du Mans ou le lycée expérimental de Saint-Nazaire que les élèves co-gèrent et dans lequel ils choisissent eux-mêmes leur emploi du temps et les matières qu'ils souhaitent découvrir. (Interrogeons-nous sur cette co-construction du savoir prônée par certains… J'imagine qu'il s'agit là d'un débordement des pratiques managériales. Mais susciter une coopération entre des adultes formés pour exploiter leurs compétences, ce n'est pas la même chose que d'enseigner à des élèves en formation.) Il ne faut pas non plus oublier que les progrès et les résultats sont presque toujours proportionnels au plaisir et il peut être utile pour certains profils atypiques d'avoir recours à ce type de dispositif. La transmission, trop souvent décriée, reste pourtant essentielle à l'éducation.

     

    Un enfant n'est pas une île, il évolue et grandit dans une culture dont il est le dépositaire. Si de nombreuses connaissances peuvent s'acquérir par simple imprégnation grâce au bain culturel dans lequel l'enfant évolue, d'autres nécessitent une forme de transmission, de verticalité pour ainsi dire. L'adulte apporte un savoir qu'il partage, une profondeur temporelle dont il est le témoin. Un individu, s'il souhaite s'intégrer à une communauté, doit ainsi en partager l'histoire culturelle qui, contrairement à certains domaines des sciences et techniques par exemple, ne peut pas être uniquement un objet d'expérimentations pratiques. Pour comprendre la Première Guerre mondiale, il ne suffit pas de demander aux élèves de creuser une tranchée comme l'a fait le collège Anne-Frank (Le Mans) l'an dernier. L'expérience ne pourra jamais remplacer la connaissance du fait historique.

     

    Il est vrai que la transmission est vue comme rébarbative et les cours magistraux sont d'ailleurs réservés aux élèves ayant acquis une plus grande maturité, en fin de secondaire ou dans le supérieur. Pourtant, ce n'est pas le partage des connaissances en tant que tel qui est à blâmer mais bien la façon dont il s'opère. En effet, il est faux de croire que les enfants sont naturellement rétifs à toute forme d'écoute calme et en apparence passive. Leur intérêt quasi-naturel pour les histoires en est la preuve, que ces histoires soient racontées, lues ou figurées sur un écran. Si un petit enfant peut rester attentif une vingtaine de minutes devant un dessin animé et en retenir les dialogues, il peut écouter avec intérêt sa maîtresse lui raconter pourquoi le drapeau est bleu-blanc-rouge et retenir l'anecdote. Les théories modernes de la pédagogie ont tendance à faire un mauvais procès au principe même de la transmission de connaissances, alors que c'est sur sa forme qu'il faudrait réfléchir.

     

    Proscrire la transmission des pratiques pédagogiques (c'est la tendance des politiques éducatives actuelles), c'est méjuger la capacité de l'enfant à entendre et à apprécier un discours instruit, pour peu qu'il lui soit adapté, et c'est lui refuser d'intégrer une communauté qui fait sens par son histoire et sa culture et au sein de laquelle il doit trouver sa place.

     

    Il faut encourager l'autonomie et l'attitude active de l'enfant, c'est indéniable. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'un savoir-faire ne peut naître que d'un savoir. Le but de l'éducation, parentale et scolaire, doit être de former un futur adulte capable d'exercer sa liberté c'est-à-dire de faire des choix éclairés. L'accumulation de connaissances, loin d'être un carcan pour la pensée, peut permettre un meilleur développement de l'esprit critique. La réflexion d'un individu est d'autant plus nuancée et raffinée qu'elle est nourrie de diverses idées qui lui ouvrent autant de mondes car l'esprit critique se bâtit sur des outils et des connaissances. Il n'y a qu'à voir les études sur le rapport entre la réussite scolaire et sociale et le nombre de mots maîtrisés. Être intelligent c'est être capable de faire des liens entre les savoirs, pour construire du sens.

     

    Enfin, il ne faut pas oublier qu'apporter des savoirs à un élève, et pas seulement susciter un faire chez lui, est un moyen de lutter contre les inégalités. En effet, s'il est acquis que l'enfant est « une éponge » curieuse, encore faut-il que sa curiosité puisse trouver à se satisfaire au sein de son environnement social et familial. Pour filer la métaphore de Rabelais, il faut que l'enfant ait autour de lui de quoi alimenter le feu. Ainsi, la transmission de savoirs permet de combler un peu les écarts : ce que la maison ne peut offrir, l'enfant peut le trouver à l'école. Or, si l'école se consacrait à ne développer que les savoir-faire, les enfants les moins bien lotis n'auraient plus de lieu où s'abreuver de connaissances. Plus clairement : si vous décidez de ne développer que des compétences en limitant l'apprentissage aux savoirs minimaux, vous spoliez de toute perspective d'évolution les enfants des milieux culturellement défavorisés. Quant aux autres, pas de panique : grâce à papa et maman qui les emmènent au musée, leur lisent des histoires, leur font visiter le monde et les envoient en séjours linguistiques, ils seront assurés de ne jamais voir leur position de supériorité bousculée par les petits pauvres dont ils partagent les classes. Ou ne partagent pas les classes d'ailleurs, car c'est là l'autre grand problème : le manque (croissant, semble-t-il) de mixité sociale empêche toute circulation des savoirs.

     

     Tout bon prof vise, en suivant finalement l'inclination naturelle de tout enfant, à faire de son élève un être autonome et curieux qui n'aura bientôt plus besoin d'un adulte pour l'abreuver de connaissances qu'il sera en mesure d'aller chercher par lui-même. S'il est absolument nécessaire d'encourager cette attitude active, l'enfant ne peut cependant pas construire tous ses savoirs et il faut se garder de diaboliser la transmission de connaissances. Le monde de Rabelais ne concevait l'éducation que comme une accumulation de savoirs sans esprit critique, il serait dommageable que notre monde ne la conçoive que comme l'espace d'une expression personnelle sans contenu. On est censés demander sans cesse aux élèves d'exprimer leur opinion et leurs ressentis mais on ne nous laisse plus le temps (voire le droit) de leur enseigner de quoi nourrir leur pensée. La forme, rien que la forme : argumentation, tableau numérique, tablettes, cliquer, construire, être dans le pratique, faire, toujours faire. Mais surtout ne jamais écouter, tranquillement assis en ouvrant son esprit, en étant intellectuellement disponible. Michel Serres dans Petite Poucette argue que le numérique permet de se libérer de la connaissance, qui est stockée en dehors de nous, ce qui nous laisse de la place pour penser. Mais il y a sans doute un paradoxe : l'Académicien qu'il est serait-il parvenu à une telle intelligence si toute son érudition n'avait été que temporairement « empruntée » au Net ?

     

     

     


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  • Aujourd'hui, en auteur Guest Stars sur ce blog, Elvire (@Elvr__) fait la critique du dernier opus des aventures de Bridget Jones.

    Folle de lui (Bridget Jones: Mad About the Boy) sorti en 2013 outre Manche et en 2014 en France de Helen Fielding est le 3ème roman de la série initiée par le très célèbre Journal de Bridget Jones.

    Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Elvire a été très déçue par sa lecture...


     

    Critique de livre par Elvire: "FOLLE DE LUI"

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  • Mercredi 24 et jeudi 25 juin s'est déroulée à Paris la 7ème édition de Philoséries, rencontres universitaires pluridisciplinaires sur les séries. (De manière générale, j'incite les Parisiens à se tenir au courant des événements de Philofictions.) Je n'ai pas assisté à tout le colloque mais seulement à la deuxième journée dont voici le compte-rendu.

    Avertissement: ce billet de blog a valeur informative, vous ne trouverez ici que des résumés des communications passés au crible de ma propre appréciation. J'ai fait de mon mieux pour rendre avec le plus de fidélité possible les intentions de chacun, pour ne pas trahir leurs propos. Ces deux journées sont destinées à être publiées en actes de colloque (c'est le cas pour Buffy) et en aucun cas je ne prétends me substituer à cette initiative, mais au contraire donner peut-être envie à certains sériephiles de se procurer cet ouvrage à paraître. De plus, cela pourrait permettre de promouvoir un événement qui en a bien besoin (le matin, nous n'étions que... deux visiteurs extérieurs dans la salle). Merci aux auteurs des différentes communications de ce jeudi 25 juin.

    Mes remarques personnelles sont en italique, le choix des images d'illustration est de mon fait. Tout le reste relève du résumé des analyses proposées par les intervenants.

    Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°5

    « La guerre a commencé sans nous »

     

    par Pacôme Thiellement

     

    Cette communication était très riche et très référencée, si bien que mon compte-rendu ne peut en refléter que la surface bruissante.

     

     

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  • Mercredi 24 et jeudi 25 juin s'est déroulée à Paris la 7ème édition de Philoséries, rencontres universitaires pluridisciplinaires sur les séries. (De manière générale, j'incite les Parisiens à se tenir au courant des événements de Philofictions.) Je n'ai pas assisté à tout le colloque mais seulement à la deuxième journée dont voici le compte-rendu.

    Avertissement: ce billet de blog a valeur informative, vous ne trouverez ici que des résumés des communications passés au crible de ma propre appréciation. J'ai fait de mon mieux pour rendre avec le plus de fidélité possible les intentions de chacun, pour ne pas trahir leurs propos. Ces deux journées sont destinées à être publiées en actes de colloque (c'est le cas pour Buffy) et en aucun cas je ne prétends me substituer à cette initiative, mais au contraire donner peut-être envie à certains sériephiles de se procurer cet ouvrage à paraître. De plus, cela pourrait permettre de promouvoir un événement qui en a bien besoin (le matin, nous n'étions que... deux visiteurs extérieurs dans la salle). Merci aux auteurs des différentes communications de ce jeudi 25 juin.

    Mes remarques personnelles sont en italique, le choix des images d'illustration est de mon fait. Tout le reste relève du résumé des analyses proposées par les intervenants.

     

    Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°4

    (Tom Tragger, visuel trouvé sur Redbubble)

     

    "L'attribut féminin multiple ou la force de la femme dans l’œuvre de Whedon"

    par Mathilde Mandersheid

     

    Traditionnellement, historiquement, dans les films d'action les héros et les héroïnes arborent des qualités et des attributs diamétralement opposés. Ainsi, les personnages masculins sont indépendants, intelligents, ont une force physique manifeste, des compétences, des armes, et non ni enfants, ni responsabilités. C'est la dureté qui les caractérise: musculature imposante et bien dessinée, dureté du regard, capacités physiques et autorité naturelle. À l'inverse, le personnage féminin est traditionnellement docile, gentil, émotif, physiquement plus faible et appartient davantage à l'espace intérieur.

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  • Mercredi 24 et jeudi 25 juin s'est déroulée à Paris la 7ème édition de Philoséries, rencontres universitaires pluridisciplinaires sur les séries. (De manière générale, j'incite les Parisiens à se tenir au courant des événements de Philofictions.)

    Je n'ai pas assisté à tout le colloque mais seulement à la deuxième journée dont voici le compte-rendu.

    Avertissement: ce billet de blog a valeur informative, vous ne trouverez ici que des résumés des communications passés au crible de ma propre appréciation. J'ai fait de mon mieux pour rendre avec le plus de fidélité possible les intentions de chacun, pour ne pas trahir leurs propos. Ces deux journées sont destinées à être publiées en actes de colloque (c'est le cas pour Buffy) et en aucun cas je ne prétends me substituer à cette initiative, mais au contraire donner peut-être envie à certains sériephiles de se procurer cet ouvrage à paraître. De plus, cela pourrait permettre de promouvoir un événement qui en a bien besoin (le matin, nous n'étions que... deux visiteurs extérieurs dans la salle). Merci aux auteurs des différentes communications de ce jeudi 25 juin.

    Mes remarques personnelles sont en italique, le choix des images d'illustration est de mon fait. Tout le reste relève du résumé des analyses proposées par les intervenants.

    Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°3

    "Les jeux dans Dollhouse"

    par Tristan Chetrit

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