• Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 4)

    Vendredi 5 et samedi 6 juillet s'est déroulée à Paris la 5ème édition de Philoséries, rencontres universitaires pluridisciplinaires sur les séries.

    Je n'ai pas assisté à tout le colloque mais seulement aux deux matinées dont voici les compte-rendus.

    Avertissement: ce billet de blog a valeur informative, vous ne trouverez ici que des résumés des communications passés au crible de ma propre appréciation. J'ai fait de mon mieux pour rendre avec le plus de fidélité possible les intentions de chacun, pour ne pas trahir leurs propos. Ces deux journées sont destinées à être publiées en actes de colloque et en aucun cas je ne prétends me substituer à cette initiative, mais au contraire donner peut-être envie à certains sériephiles de se procurer cet ouvrage à paraître. De plus, cela pourrait permettre de promouvoir un événement qui en a bien besoin (nous étions moins de 20 dans la salle, ce qui est à mettre sans aucun doute au compte du manque de communication autour de ces journées).

    Mes remarques personnelles sont en italique, le choix des images d'illustration est de moi. Tout le reste relève du résumé des analyses proposées par les intervenants.

    Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 4)

    4) Perig Pitrou, ‘Délibération et circulation des idées entre l’Aile Ouest et la situation room

    (spoilers sur la saison 3)

    L'idée de base est que le Bureau Ovale et la Situation Room sont deux espaces totalement opposés du point de vue de l'exercice du pouvoir et donc du point de vue de sa représentation à l'écran. Évidemment la première opposition, la plus simple et sur laquelle tout repose c'est que le Bureau Ovale est le lieu du pouvoir civil alors que la Situation Room est celui du pouvoir militaire. De là découlent les remarques suivantes:

    La Sit Room est l'opposé structural de l'Office: les modalités de circulation des personnes changent. Dès lors qu'il s'agit d'aller rendre visite au président dans son bureau, tous les déplacements sont horizontaux, marqués par ces longs plans-séquences de Walk and Talk dont la série s'est fait la spécialiste. Et surtout, ce sont les autres personnages qui vont au président. En revanche, la Sit Room n'est accessible qu'à l'issue d'un déplacement vertical: elle n'est pas à proprement parler en sous-sol mais on nous montre souvent le grand escalier qu'il faut descendre pour y accéder. Et c'est le président qui doit se déplacer. La Sit Room est un lieu marqué par la fermeture (il faut sonner pour entrer, attendre pour sortir, les autorisations sont restreintes) alors que le Bureau Ovale est montré comme un lieu ouvert avec ses nombreuses portes et la circulation incessante des collaborateurs. Cela n'est pas sans rapport bien sûr avec la nature du pouvoir qui s'y exerce.

    La parole est très différente d'un lieu à l'autre. Dans le Bureau Ovale, il y a dialogue. C'est la délibération, la convergence des idées, le débat en réalité, qui permet d'aboutir à une décision. Le consensus est le fruit d'une élaboration progressive soutenue par une parole quasi continue. Bartlet est toujours au coeur des échanges et affirme sa supériorité même si CJ et ses comparses ont la parole plutôt libre.

    En revanche, dans la Situation Room la fonction présidentielle apparaît souvent comme fragile. Bartlet s'en remet plus que de raison à Leo, qui a pour lui la supériorité de l'expérience militaire. Mais surtout le débat d'idées est moins présent: les échanges reposent avant tout sur de l'intelligence, des informations militaires. Ce sont les différentes perception d'un même événement qui guident un débat assez différent de celui auquel on est habitué lorsqu'on se trouve dans le Bureau Ovale. D'ailleurs les échanges ne sont pas écrits de la même façon. Dans la Sit Room, contrairement à l'Aile Ouest, les dialogues ne fusent pas, le rythme est différent: plus posé, avec des silences, des lenteurs et de simples hochements de tête en guise d'approbation tacite. Ce changement de rythme existe également dans les effets produits: alors qu'on ne voit presque jamais les conséquences des décisions politiques prises dans le Bureau Ovale (lorsqu'il s'agit de lois par exemple), dans la Sit Room il y a une quasi-simultanéité entre la prise de décision et l'effet produit (abattre tel avion, arêter telle personne etc.).

    Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 4)

    La légitimité n'est pas la même entre le Bureau Ovale où c'est le Droit qui règne, et la Sit Room où la Force devient plus importante. Ce qui légitime les décisions prises dans la Sit Room c'est toujours une évaluation quantitative: combien de morts si on accomplit ou pas tel acte? La guerre impose ses règles et avec elle se joue la notion d'expérience: l'État Major a intégré les leçons du passé (ils sont d'ailleurs tous très expérimentés et font souvent appel à des actes de guerre passés pour légitimer leur action, ex: "We killed Yamamoto" pour justifier l'assassinat de Shareef). En revanche, c'est sur la Constitution, en s'assurant qu les actes sont conformes aux actions des Pères Fondateurs, que les décisions sont prises dans le Bureau Ovale.

    Le cas de l'assassinat de Shareef est à ce titre très intéressant car il représente une impasse: un moment où la légitimité de la force et la légitimité du droit s'opposent. Parce que toute la question est de savoir si on est en moment de paix ou en moment de guerre. C'est d'ailleurs la question posée par Fitzwallace et Leo dans cette vidéo où tout y est:

     

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