• Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 3)

    Vendredi 5 et samedi 6 juillet s'est déroulée à Paris la 5ème édition de Philoséries, rencontres universitaires pluridisciplinaires sur les séries.

    Je n'ai pas assisté à tout le colloque mais seulement aux deux matinées dont voici les compte-rendus.

    Avertissement: ce billet de blog a valeur informative, vous ne trouverez ici que des résumés des communications passés au crible de ma propre appréciation. J'ai fait de mon mieux pour rendre avec le plus de fidélité possible les intentions de chacun, pour ne pas trahir leurs propos. Ces deux journées sont destinées à être publiées en actes de colloque et en aucun cas je ne prétends me substituer à cette initiative, mais au contraire donner peut-être envie à certains sériephiles de se procurer cet ouvrage à paraître. De plus, cela pourrait permettre de promouvoir un événement qui en a bien besoin (nous étions moins de 20 dans la salle, ce qui est à mettre sans aucun doute au compte du manque de communication autour de ces journées).

    Mes remarques personnelles sont en italique, le choix des images d'illustration est de moi. Tout le reste relève du résumé des analyses proposées par les intervenants.

     

    3) Valérie Perez, La parrêsia et les rituels de véridiction dans The West Wing

     La parrêsia est la parole libre et franche, souvent porteuse de vérité. C'est à partir de ce concept que Valérie Pérez propose de lire les échanges entre personnages (souvent avec le président) dans TWW.  

    TWW est une série entièrement fondée sur la parole, tout y est actes énonciatifs. On ne voit jamais les répercussions pratiques et matérielles des décisions politiques prises (parce que ça ne relève déjà plus de la politique mais de l'administration). Se poser la question de la parrêsia, donc de la parole franche, dans la série, revient à poser la question de la liberté et de la vérité en démocratie. En quoi dire la vérité correspond à l'exercice risqué de la liberté?

    Tout d'abord il ne faut pas confondre le discours vrai et le discours de communication (tels que ceux prononcés en salle de presse ou bien lors de grands événements comme le State of the Union). C'est d'ailleurs CJ qui assure souvent le lien entre le discours vrai et le discours de communication. Mais Toby et Sam aussi, en ce qu'ils sont porteurs de parole libérée et franche dans le bureau ovale mais font ensuite exercice de rhétorique pour transformer ces paroles vraies en paroles propres à être communiquées sous forme de discours officiels.

    Le dire-vrai prend plusieurs formes: l'aveu, l'oracle et le discours politique. L'aveu ou la confession sont assez récurrents dans la série: on peut penser à Leo par exemple.

    L'épisode "Take this Sabbath Day" mettant en scène Bartlet hésitant à gracier un condamné à mort est particulièrement intéressant en ce qui concerne la parrêsia car justement elle en est quasiment absente. En effet, le président s'abrite derrière sa fonction présidentielle et il n'y a jamais de véritable échange sur le sujet. La peine de mort n'y est traitée que dans un cadre juridique. In extremis, le prêtre convoqué par Bartlet joue le rôle de parrèsiaste. Justement dans une scène de confession.

     

    Pour être vrai, pour être dans la parrêsia, le discours doit s'éloigner de la connivence et des flatteries. Le parrèsiaste n'est pas forcément un expert dans son domaine, mais il est celui qui parle sans réserve. C'est justement le rôle des collaborateurs du président (Toby notamment) et c'est parce qu'ils disent le vrai, qu'ils invitent à la réflexion, qu'ils sont légitimes auprès du président. Et non pas à cause de leurs compétences et de leurs diplômes pourtant nombreux. Charlie en est un bon exemple.

    L'idée d'Aristote développée dans Le Politique selon laquelle pour bien gouverner il faut savoir exercer une forme de gouvernement sur soi-même (auto-discipline, être digne de ses fonctions) est très présente dans TWW et s'accorde parfaitement avec l'idée de parrêsia. Deux scènes sont représentantes de cette idée. La première est celle du 1x9 ("The Short List") où un juge de la Cour Suprême remet en cause avec une franchise déstabilisante les positions tièdes de Bartlet. La déception du juge met le président mal à l'aise:

    C'est suite à cette scène que Bartlet va considérer plus sérieusement la candidature de Mendoza pour le poste de juge de la Cour Suprême.

    De la même façon, CJ dans "Disaster Relief" (5x6) remet le président à sa place, lui rappelle ses fonctions alors qu'il refuse de retourner à la Maison Blanche où l'attendent les affaires courantes. Parce qu'il se sent davantage utile auprès des sinistrés de la tornade et qu'il subit une crise de confiance personnelle après l'enlèvement de Zoey. (début à 3min50)

    CJ ordonne au président de se montrer digne de ses fonctions. Avec Leo et Toby, elle est l'un des grands parrèsiastes de la série. Il n'est donc pas surprenant qu'elle prenne les fonctions de Chief of Staff.

    La parrêsia est profondément liée à l'organisation politique des États-Unis et à la liberté d'expression qui fonde ce pays. La démocratie permet une parole libre et franche, et inversement la parole libre et franche garantit la démocratie. La parrêsia est le courage de dire la vérite et cela constitue en plus un formidable ressort dramatique!

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