• Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 1)

    Vendredi 5 et samedi 6 juillet s'est déroulée à Paris la 5ème édition de Philoséries, rencontres universitaires pluridisciplinaires sur les séries.

    Je n'ai pas assisté à tout le colloque mais seulement aux deux matinées dont voici les compte-rendus.

    Avertissement: ce billet de blog a valeur informative, vous ne trouverez ici que des résumés des communications passés au crible de ma propre appréciation. J'ai fait de mon mieux pour rendre avec le plus de fidélité possible les intentions de chacun, pour ne pas trahir leurs propos. Ces deux journées sont destinées à être publiées en actes de colloque et en aucun cas je ne prétends me substituer à cette initiative, mais au contraire donner peut-être envie à certains sériephiles de se procurer cet ouvrage à paraître. De plus, cela pourrait permettre de promouvoir un événement qui en a bien besoin (nous étions moins de 20 dans la salle, ce qui est à mettre sans aucun doute au compte du manque de communication autour de ces journées).

    Mes remarques personnelles sont en italique, le choix des images d'illustration est de moi. Tout le reste relève du résumé des analyses proposées par les intervenants.

    Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 1)

     

    1) Hédi Kaddour, "This is the real world"

     

    Il est important pour bien comprendre TWW de le replacer dans son époque de diffusion: la présidence Bush, le French Bashing, la manipulation pour légitimer l'entrée en guerre en Irak etc. Or, le rôle premier du feuilleton est la compensation: ici il s'agissait d'offrir un moment de mieux-être imaginaire tout en critiquant en creux la réalité. Donc en regardant TWW, les spectateurs pouvaient à la fois se consoler de la réalité politique décevante et trouver un contre-modèle à la présidence Bush.

    Surtout qu'à cette époque se produit une inversion curieuse: la fiction c'est Bush qui la fait! La fiction est du côté du vrai gourvernement qui présente de faux rapports de présence d'armes de destruction massive, qui expose de faux tubes d'Anthrax à l'ONU pour tenter de manipuler les décisions etc. Alors que la fiction proposée par TWW se veut réaliste.

    Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 1)

    Le réalisme de TWW est assuré, entre autres, par le recours au compromis dans les histoires. Très souvent les tractations obligent à faire des concessions voire à abandonner certains aspects d'un projet de loi pour pouvoir la faire voter. Le compromis est donc le mode d'action des personnages et plus il est triste, plus il semble crédible. Cela s'explique aussi par le fait que TWW est une série hégelienne en quelque sorte (ne fuyez pas, vous allez voir, c'est très compréhensible): les personnages passent de la poésie du projet à la prose du monde. C'est-à-dire, pour simplifier, en gros: leurs idées idéalistes se heurtent à la réalité du monde ce qui explique la nécessité du compromis permanent. Le compromis avec les idéaux est très bien réprésenté dans l'épisode "Han" (5x4) où Bartlet doit douloureusement refuser d'accepter l'exil d'un pianiste nord-coréen au nom des tractations en train d'avoir lieu avec les officiels de son pays. Mais les négociations tournent court: les Nord-Coréens ayant quitté la salle à cause de la taille de leur drapeau, trop petit. Le fait que le compromis soit "triste", que les personnages perdent sur tous les tableaux est assez caractéristique de TWW. Et renforce son réalisme en refusant le happy end, la situation n'ayant pas avancé.

    Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 1)

    La politique n'est pas montrée que comme compromis, la série repose également sur l'idée qu'il est nécessaire de se salir les mains en politique. C'est bien sûr le cas de l'intrigue centrée sur l'assassinat de Shareef. Mais ce qui est intéressant c'est la manière dont la décision est prise: Leo et Bartlet ne parlent qu'en termes implicites: "make the call". C'est au spectateur de construire le sens. Quant à l'assassinat en question, il est "décongestionné" par le montage qui le montre en alternance avec deux autres scènes: le meurtre de Donovan (le garde du corps de CJ) et le débat entre Bartlet et son adversaire républicain dans le fumoir pendant un opéra. (Vous savez le fameux "Crime. Boy, I don't know.") 

    Malgré son réalisme, TWW est pourtant une série très théâtrale (les deux sont parfois vus comme opposés). Cette théâtralité permet de garder une distance, d'empêcher la fascination du 1er degré. Le summum étant probablement "Isaac and Ishmael", l'épisode post-11 septembre. Et bien sûr c'est à mettre en relation avec la formation et l'expérience théâtrales d'Aaron Sorkin. D'ailleurs, j'aurais tendance à dire que cet aspect est moins prononcé après son départ à l'issue de la saison 4. C'est une hypothèse qui demanderait à être vérifiée. Mais le danger de la théâtralité est que mettre en spectacle le monde politique amènerait à penser que la politique n'est qu'un spectacle, n'est qu'un show.

    L'arrivée de Matt Santos dans la série donne un nouveau tournant: Santos fait le lien entre l'espoir et le réel. Avec lui, la série lutte contre les tristesses du politique. Car TWW donne aussi à voir la politique comme invention. La série est une réponse inventive au réel qu'elle cherche à dépasser, voire à améliorer: c'est le cas lors des épisodes traitant de la tentative de paix entre Israël et Palestine, Bartlet allant plus loin que Bill Clinton ne l'avait fait. TWW cherche à dépasser le réel, à inventer le réel et à ne plus s'y plier.

    Philoséries "The West Wing" - compte-rendu lacunaire (partie 1)

     

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  • Commentaires

    1
    capecodmiss
    Lundi 8 Juillet 2013 à 09:58

    Compte-rendu instructif et très agréable à lire!

    Merci!

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