• Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°5

    Mercredi 24 et jeudi 25 juin s'est déroulée à Paris la 7ème édition de Philoséries, rencontres universitaires pluridisciplinaires sur les séries. (De manière générale, j'incite les Parisiens à se tenir au courant des événements de Philofictions.) Je n'ai pas assisté à tout le colloque mais seulement à la deuxième journée dont voici le compte-rendu.

    Avertissement: ce billet de blog a valeur informative, vous ne trouverez ici que des résumés des communications passés au crible de ma propre appréciation. J'ai fait de mon mieux pour rendre avec le plus de fidélité possible les intentions de chacun, pour ne pas trahir leurs propos. Ces deux journées sont destinées à être publiées en actes de colloque (c'est le cas pour Buffy) et en aucun cas je ne prétends me substituer à cette initiative, mais au contraire donner peut-être envie à certains sériephiles de se procurer cet ouvrage à paraître. De plus, cela pourrait permettre de promouvoir un événement qui en a bien besoin (le matin, nous n'étions que... deux visiteurs extérieurs dans la salle). Merci aux auteurs des différentes communications de ce jeudi 25 juin.

    Mes remarques personnelles sont en italique, le choix des images d'illustration est de mon fait. Tout le reste relève du résumé des analyses proposées par les intervenants.

    Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°5

    « La guerre a commencé sans nous »

     

    par Pacôme Thiellement

     

    Cette communication était très riche et très référencée, si bien que mon compte-rendu ne peut en refléter que la surface bruissante.

     

     

    Dollhouse est le récit composite d'une littérature paranoïaque, nourrie entre autres de légendes urbaines. Dans le grand œuvre de Joss Whedon, on pourrait considérer Buffy comme la série mère dont sont issus plusieurs enfants. Ainsi Topher est préfiguré par Warren. Pourtant, si les deux personnages sont au départ assez semblables (geeks savants fous un peu immatures), Topher devient une figure sacrificielle, tandis que Warren devient un criminel pour lequel il est bien difficile d'éprouver de la pitié. La science dévoyée (à la Frankenstein) est bien sûr au cœur de Dollhouse et s'inspire sans doute de la littérature conspirationniste selon laquelle les authentiques expériences sur le lavage de cerveau du Dr Cameron pour le compte de la CIA (1957-1964, Université de Montréal) ont donné des résultats positifs que les gouvernements ont dissimulés pour mieux garantir la puissance de ces nouvelles technologies.

    Mais Dollhouse se présente aussi comme une fiction prophétique sur une élite transhumaniste. Petit à petit, la série se détourne de sa trame initiale pour mettre à jour les enjeux d'une guerre qui a commencé sans que les personnages ne le sachent. En effet, pour Rossum l'enjeu de la technologie n'est pas simplement de gagner de l'argent. Les fantasmes tarifés ne sont que le business qui les finance. Derrière la vitrine, l'objectif réel est l'immortalité par la transplantation ininterrompue et indéfinie de l'esprit dans des corps de rechange. (Rossum pourrait sans trop de difficulté être assimilé à un Google noir, même si le choix de son nom a sans doute une autre origine : c'est ainsi que s'appelle la pièce où naissent les esclaves humains désignés pourtant comme des « robots » dans Rossum's Universal Robots, une pièce de théâtre de 1920 de Karel Capek qui a inventé le mot « robot »...)

     

    Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°5

     

    À partir de « Echoes » (1x07) et de son fameux « nothing is what it appears to be », la série commence à se commenter elle-même. Cette évolution est manifeste lorsque l'on compare les différences de réalisation entre la 1ère et la 2ème saisons. À ses débuts, Dollhouse ressemble à n'importe quelle série de network : beaucoup de plans d'ensemble, de cadrages fixes… En revanche, la 2ème saison est marquée par une réalisation « à l'épaule », en HD avec des couleurs et des lumières très différentes, plus promptes à transmettre une certaine inquiétude. Ce noircissement des intrigues s'illustre aussi par un glissement des allusions optimistes à Obama dans la saison 1 aux sénateurs et politiciens corrompus de la saison 2.

    L'une des différences majeures entre Dollhouse et ses consœurs Buffy, Angel, Firefly, est qu'on n'y trouve que des rapports hiérarchisés. Il n'y a pas d'amitié désintéressée entre les personnages, mais des relations de supérieurs à subordonnés qui viennent nécessairement corrompre les rapports humains (la hiérarchie étant la suivante : Rossum – l'ensemble des dollhouses – Adele – Topher – les handlers – les dolls). Ainsi, la relation Echo/Ballard est impossible car les motivations réelles sont toujours interrogées : leur attirance est-elle le fruit d'une programmation ? D'un complexe du sauveur ?…

     

    Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°5

     

    La série Dollhouse fait également figure d'allégorie de la fiction TV, avec Adele en showrunner, Topher en scénariste et les dolls en acteurs. Le bras de fer entre Adele et Rossum pourrait d'ailleurs être compris comme le reflet du bras de fer entre Dollhouse et la FOX. De même, la dollhouse de Los Angeles rappelle Hollywood et se différencie de la dollhouse de Washington. Dans cette analogie, les spectateurs seraient les clients, qui reçoivent et jouissent des fictions qui leur sont proposées. Echo qui commence à avoir conscience d'elle et de son identité multiple incarne dans cette logique le personnage qui s'avère parfois plus fort que l'acteur et que le scénariste. Ainsi, la série interroge le renversement de la hiérarchie : la doll dépasse son programmateur comme la création dépasse toujours le créateur. Les personnalités des dolls deviennent même supérieures aux personnalités originelles.

     

    Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°5

    Enfin, Dollhouse peut être lue comme un poème sur l'existence humaine et l'identité. La guerre qui apparaît à l'écran est celle dont l'enjeu est la domination du monde par une élite, mais la grande guerre que la série met véritablement en scène est celle de l'identité, de la détermination et du conditionnement. Ainsi, Alpha et Echo deviennent les vraies identités de leur corps car l'identité est ce qui naît de toutes les transformations et pas ce qui est donné a priori.

    Cependant, la fin de la série n'est pas complètement satisfaisante du point de vue du discours sur la technologie. En effet, le progrès de Rossum est condamné et pourtant l'intégration de l'esprit de Ballard (après sa mort) dans la personnalité d'Echo est montrée comme une chose positive. (La différence est-elle du côté du choix ? Ou bien est-ce que la technologie est acceptée lorsqu'elle ne contrevient pas aux processus naturels : ici la métaphore traditionnelle du « je porte dans mon cœur les défunts qui m'étaient chers » ? Car malgré tout, il y a une grande différence entre d'une part Rossum & co qui colonisent des corps et les privent de personnalité, donc les assassinent, pour s'assurer une survie égoïste, et d'autre part Echo qui intègre les souvenirs et les connaissances d'un Ballard qu'elle a connu et aimé et qui lui a été arraché.)

     

     

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