• Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°4

    Mercredi 24 et jeudi 25 juin s'est déroulée à Paris la 7ème édition de Philoséries, rencontres universitaires pluridisciplinaires sur les séries. (De manière générale, j'incite les Parisiens à se tenir au courant des événements de Philofictions.) Je n'ai pas assisté à tout le colloque mais seulement à la deuxième journée dont voici le compte-rendu.

    Avertissement: ce billet de blog a valeur informative, vous ne trouverez ici que des résumés des communications passés au crible de ma propre appréciation. J'ai fait de mon mieux pour rendre avec le plus de fidélité possible les intentions de chacun, pour ne pas trahir leurs propos. Ces deux journées sont destinées à être publiées en actes de colloque (c'est le cas pour Buffy) et en aucun cas je ne prétends me substituer à cette initiative, mais au contraire donner peut-être envie à certains sériephiles de se procurer cet ouvrage à paraître. De plus, cela pourrait permettre de promouvoir un événement qui en a bien besoin (le matin, nous n'étions que... deux visiteurs extérieurs dans la salle). Merci aux auteurs des différentes communications de ce jeudi 25 juin.

    Mes remarques personnelles sont en italique, le choix des images d'illustration est de mon fait. Tout le reste relève du résumé des analyses proposées par les intervenants.

     

    Philoséries "Dollhouse" & "Firefly" - compte-rendu n°4

    (Tom Tragger, visuel trouvé sur Redbubble)

     

    "L'attribut féminin multiple ou la force de la femme dans l’œuvre de Whedon"

    par Mathilde Mandersheid

     

    Traditionnellement, historiquement, dans les films d'action les héros et les héroïnes arborent des qualités et des attributs diamétralement opposés. Ainsi, les personnages masculins sont indépendants, intelligents, ont une force physique manifeste, des compétences, des armes, et non ni enfants, ni responsabilités. C'est la dureté qui les caractérise: musculature imposante et bien dessinée, dureté du regard, capacités physiques et autorité naturelle. À l'inverse, le personnage féminin est traditionnellement docile, gentil, émotif, physiquement plus faible et appartient davantage à l'espace intérieur.

    Malgré tout, il y a eu une certaine évolution de ce personnage féminin traditionnel: d'abord mère, épouse et/ou personnage en détresse, les personnages féminins s'incarnent aussi dans les serial queens (je vous renvoie ici à cet article " Serial Queens of the Silent Era: the First Femal Action Heroes"), ces courts-métrages à suivre diffusés juste dans les cinéma dans les années 1910-1920. Ces femmes fortes font aussi écho à certains des mouvements de libération comme celui des suffragettes. Dans les années 1930-1950, la télévision et les comic books offrent aussi des versions féminines du héros typique, jusqu'à Wonder Woman.

    Gina Torres

    Lorsque Whedon a écrit son scénario pour Wonder Woman, Gina Torres lui a demandé à être choisie pour le rôle puisque de toute façon "elle est la seule Amazone qu'[il] connaît"...

    Mais après la Seconde Guerre Mondiale (qui, s'il devait y en avoir une 3ème, s'appellerait alors "deuxième"), on assiste à un retour des personnages féminins plus "glamour", dont Marylin Monroe est une des figures de proue. La Ripley de Alien en 1979 est un nouveau pas en avant, tandis que les jeux vidéos affichent un recul, en ne présentant souvent les personnages féminins que comme des êtres en détresse. Comme souvent, la réalité influence les modes de représentation et c'est la guerre du Golfe et ses 35 000 femmes soldats qui expliquent la Sarah Connor du 2ème Terminator en 1991.

    (Toute cette présentation était très rapide donc sans doute est-ce moi qui me suis un peu perdue, cependant, il m'a semblé qu'on ne pouvait que difficilement établir une évolution linéaire des personnages féminins... À mon sens, il serait peut-être plus judicieux et lisible de commencer par distinguer les médias: l'incarnation de l'héroïne n'a pas la même histoire selon que l'on se place du point de vue du cinéma, de la télévision, des jeux vidéos ou des comics.)

    girl power

    Pour l'intervenante, Joss Whedon est consciemment féministe (il faut dire qu'il a été élevé par une mère activiste: je vous renvoie à ce sujet à mon article sur sa formation et ses influences) et refuse les clivages entre les différents types de féminisme. Le féminisme de la 2ème vague (1970-1990's) s'est battu contre le stéréotype de la Valley Girl, alors que le féminisme de la 3ème vague s'est incarné dans un "Girl Power". (Je vous laisse faire vos recherches tout seuls si le sujet vous intéresse, vous pouvez commencer, ou vous contenter de, cette mise au point.) Buffy Summers est une incarnation du Girl Power: elle détourne le stéréotype de la Valley Girl, notamment celle des films d'horreur classiques (la pauvre petite blonde qui se fait tuer dans une sombre allée).

    Mais Joss Whedon va plus loin puisqu'il montre avec Buffy que même lorsqu'on fonctionne à l'émotion plutôt qu'à l'intelligence froide d'habitude associée aux héros masculins, ça marche. (On se souvient de la remarque de Willow à Kennedy dans le dernier épisode de la série: "You know, Buffy, sweet girl; not that bright.") Ici, l'intervenant a parlé d'une éthique morale basée sur le consensus et le compromis, qui caractériserait la série. Je ne suis pas franchement d'accord... Comme Firefly après elle, Buffy est apparemment basée sur le compromis. C'est parce qu'on y parle beaucoup, y compris de stratégie, que le spectateur peut avoir cette impression. Mais en réalité nombreux sont les épisodes où Buffy impose sa voix avec force et refuse la démocratie, ce qui est d'ailleurs tout le sujet des derniers épisodes de la saison 7: elle qui refuse de discuter et impose sa stratégie, est exclue par un vote démocratique des Potentielles qui choisissent Faith pour lui succéder. Les séries de Whedon sont sans aucun doute communautaires et familiales, mais elles mettent d'abord en scène un héros solitaire à qui incombe la mission de prendre soin des autres, voire de les sauver. Il y a une forme de complexe de supériorité ou du champion chez Mal, Buffy, Angel et même les Avengers. 

    Kaylee

    Firefly donne à voir des personnages de la 2ème vague et de la 3ème vague féministes. Ainsi, Zoe représente la 2ème vague: elle est une guerrière et une épouse modèle, tandis que Kaylee incarne la 3ème vague par son côté "fifille" mais avec un rapport au sexe décomplexé et assumé et ses qualités de mécano hors paires. Elle a un rapport sain à la morale, fondé d'abord sur l'émotion.

    Quant au traitement de la prostitution, il est totalement différent dans Firefly et dans Dollhouse. Dans Firefly, la prostituée qu'est Inara est la plus instruite et la plus respectée, elle est même montrée comme étant presque plus spirituelle que Book, jusque dans la pratique très ritualisée de son métier (qui rappelle les courtisanes de la Grèce antique plutôt que les Geishas). En revanche, dans Dollhouse Echo est totalement annihilée par ses "missions": elle enchaîne les clients qu'elle ne choisit pas (contrairement à Inara qui a un choix absolu), elle est souvent malmenée, elle perd son identité etc. Les deux séries montrent bien la différence entre prostitution libre et trafic sexuel. Dans les deux cas, les femmes sont non jugées, mais dans Firefly elles sont montrées comme en charge, alors que dans Dollhouse ce sont des esclaves (sexuels).

    Inara

    Au terme de cette communication, il y a eu un "débat" entre l'intervenante et Vanessa Nurock (qui avait parlé des "Cannibales" le matin-même) à propos d'Inara. Pour V. Nurock, la prostitution dans Firefly n'est pas si positive que cela, la représentation n'en est pas si enthousiaste que ce que l'on pourrait croire. Parmi les preuves avancées: une certaine manipulation des clients par Inara, un détachement émotionnel de sa part notamment pendant l'acte sexuel et une impossibilité à tisser des liens affectifs avec Mal, jusqu'à la "tromperie" avec Nandi qui cause les larmes d'Inara dans "Heart of Gold". Je suis plutôt d'accord avec ces arguments, mais j'ajouterais un autre élément: Whedon a révélé qu'en fait Inara avait décidé de rejoindre Serenity car elle se savait atteinte d'un mal incurable. Or, toutes les scènes de détachement ou de mal-être d'Inara peuvent être mises sur le compte de cette maladie.

     

     

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