• Mon Britannique préféré.

    Ce soir j'ai envie de vous parler de celui dont j'ai dit qu'il était un de mes "héros de la vie réelle" lors du questionnaire de Proust. Alors "héros" est sans doute un terme trop fort, mais j'ai pour cet homme beaucoup d'admiration. J'arrête là le suspens superflu: Stephen Fry va être l'homme de ce billet.

    Je ne vous ferai pas ici une biographie intégrale de l'homme, il y a wikipedia pour ça. en anglais et en français (mais c'est moins complet). Par contre j'ai envie de retracer une partie de son parcours à travers ce qui m'a personnellement le plus marquée.

    Stephen Fry, dans les années 80, c'est ce jeune homme "gorgeous" à la jolie chemise rose:

    Fraîchement diplômé de Cambridge en compagnie d'un certain Hugh Laurie rencontré là-bas et qu'il ne quittera plus, Stephen Fry crée avec lui, pour la BBC, une émission à sketchs: A bit of Fry and Laurie. (Aujourd'hui éditée intégralement en dvd pour pas trop cher sur amazon uk, et largement trouvable sur youtube autrement. Soyez bien conscients que je résiste là très difficilement à l'envie de vous intégrer une bonne dizaine de vidéos de mes sketchs favoris.)

    Dans cette vidéo déjà se retrouve le goût de Stephen Fry pour les mots, qui se manifeste d'ailleurs dans pas mal d'autres de leurs sketchs. Ici à propos du mot "gay".

    C'est aussi un fan de sports, bien que n'en pratiquant visiblement pas lui-même. Si vous suivez son compte twitter, comme 4 802 399 autres personnes, vous aurez sans doute remarqué qu'il commente souvent les matchs de cricket ou les compétitions de billard. Il est d'ailleurs directeur du Norwich City Football Club. Bon, tout ça c'était juste un prétexte pour partager avec vous cet autre sketch, qui montre que A bit of Fry and Laurie ne pratique pas que l'humour verbal, mais aussi l'absurde.

     
    Avec un tel amour des mots, Stephen Fry ne pouvait bien sûr pas passer à côté de l'écriture plus littéraire: quelques romans, dont The Hippopotamus, traduit en français, délicieusement cynique, mais surtout Moab is my Washpot.

    Sublime autobiographie (je pèse mes mots), jamais traduite en français (car Fry n'est sans doute pas assez connu ici), Moab is my Washpot retrace l'enfance de Stephen Fry, de ses premiers souvenirs à son entrée à Cambridge. (Ses années universitaires faisant l'objet d'un autre volume paru récemment.) Cet enfant, envoyé en boarding school dès sept ans, pratiquant le mensonge, enfilant les bonbons comme les livres, fantasmant sur les garçons, tombant amoureux, revit sous une plume aussi intelligente que bienveillante. Et drôle. Car l'adolescence de Fry est troublée: vols, fugue, mal-être. Longtemps il ne comprendra pas ce qui l'anime. Nous y reviendrons. Mais d'abord je souhaite recopier ici un extrait. Lorsqu'il était adolescent, Stephen Fry a écrit une lettre adressée à son moi futur, qu'il fait figurer dans Moab is my washpot.

    To myself: Not To Be Read Until I Am Twenty-Five

     I know what you will think when you read this. You will be embarrassed. You will scoff and sneer. Well I tell you now that everything I feel now, everything I am now is truer and better than anything I shall ever be. Ever. This is me now, the real me. Every day that I grow away from the me that is writing right now is a betrayal and a defeat.

    Et à la parution de ce livre, The Guardian a proposé à Stpehen Fry de répondre à cet adolescent qu'il était. (le texte entier est ici) Mais peut-être vous reparlerai-je un jour de Moab is my washpot.

    Pour l'instant passons à une autre oeuvre majeure de Stephen Fry, qui n'est pas un livre mais un documentaire. En 1995, après avoir presque cédé à l'appel irrépressible d'une tentative de suicide, il disparaît soudainement. La Grande-Bretagne s'inquiète, le journal télévisé et les journaux en parlent. Stephen Fry est en fait parti pour le continent, laissant tout derrière lui. Au bout de quelques jours il prévient seulement son agent et Hugh Laurie. Rentrant secrètement en Grande-Bretagne, il se fait admettre dans une clinique psychiatrique et reçoit enfin un diagnostic: il est maniaco-dépressif. Ou bipolaire. Il en fera le sujet d'un documentaire en 2006: The Secret Life of a Manic-Depressiveémouvante exploration de cette maladie à travers sa propre expérience mais aussi d'un point de vue médical et à l'aide de témoignages. C'est extrêmement instructif et ça vaut le visionnage. Petit extrait:

    L'intégralité est sur youtube: partie 1, partie 2, partie 3.

    Il renouvelle l'expérience du documentaire avec un sujet sur le VIH (HIV & Me), et un autre sur les États-Unis. Avis aux professeurs d'anglais: Stephen Fry parcourant les états américains au volant de son taxi londonien est un excellent support de cours! Pour les autres, Stephen Fry in America c'est mieux que J'irai dormir chez vous (que j'aime beaucoup par ailleurs). Et là encore, l'intégralité est sur youtube. Petit extrait, qui parle de sexe, pour vous réveiller un peu car je sens que je vous perds avec mon nouvel article à rallonge, où Fry visite une maison close (légale) (évitez cet épisode, chers profs) (quoique):

    Mais Stephen Fry est aussi présentateur d'une émission que j'adore: QI, pour "quite interesting". Un genre de jeu (dont personne n'a jamais compris les règles) qui n'est qu'un prétexte pour aborder des sujets de culture générale divers et variés. Et faire pas mal de blagues. C'est drôle, on apprend plein de choses, et c'est moins ringard que Questions pour un champion. (et c'est aussi sur Youtube)

    Enfin, je vous laisse sur cette vidéo qui risque de ne pas faire plaisir à tout le monde. À l'occasion de l'émission de télévision de débats Intelligence² ayant pour sujet "l'Église est-elle une force de bien?", Stephen Fry a été invité afin de représenter le "non". Attention, grande éloquence, intelligence pure et cœur gros comme ça.

    J'aurais tellement d'autres choses à dire sur Stephen Fry, tellement d'autres œuvres de lui à évoquer (avez-vous vu Jeeves and Wooster? C'est encore plus british que Downton Abbey! Incroyable, non?). Mais je vais clore là et vous laisser découvrir par vous-mêmes celui que les Britanniques considèrent comme un "national treasure".

     

    « Quelques coffrets DVDBecause our children are watching »

    Tags Tags :
  • Commentaires

    1
    Mardi 18 Septembre 2012 à 00:36
    Akiha

    Punaise ! C'est marrant que tu parles de Fry car je viens de voir "St Trinian's" et il y fait un cameo ^^. Ça fait un bout de temps que je me dis qu'il faut que je m'achète son autobiographie, mais je ne l'ai jamais fait... c'est toujours dans ma liste de choses à faire.


    Et effectivement, j'aime beaucoup sa spiritualité aussi ^^. C'est peut-être le côté "british", mais il n'y a pas à dire, les talents comme ça, ça n'existe pas tous les jours.

    Je connaissais pas "Stephen Fry in America", j'y jetterai un œil :'O.

    2
    a_Lexwilde
    Mardi 18 Septembre 2012 à 14:07

    Excellent article que tu nous offres. J'ai découvert Stephen Fry et ses œuvres il y a maintenant un peu plus d'un an. Et depuis je n'arrête plus d'être agréablement surprise par les qualités artistiques, et surtout humaine de cet homme. Il m'a permis de développer une passion, n'ayons pas peur des mots, pour un nombre incroyablement varié de sujets. Je lui doit entre autre ma découverte des œuvres et de la vie dOscar Wilde, des œuvres de P.G Wodehouse que j'ai littéralement dévorés il y a peu de temps. J'ai été particulièrement touchée par la sincérité avec laquelle il décrit ses 20 premières années dans Moab is my washpot et la difficulté de son adolescence, hantée par ses doutes et son envie d'être, simplement être. To "join in" comme il le dit si bien. Je suis actuellement entrain de lire The Fry chronicles, je ne cache pas avoir sacrifié pas mal d'heures de sommeil, ce livre est addictive, tout comme son auteur. Ses autres ouvrages sont superbes, il jongle avec les mots avec un plaisir évident et une dextérité déconcertante. Lisez The Liar pour goutter à son gôut de la provocation, de l'impertinence, et du sarcasme bien sentie. Malheureusement, il n'est que très peu connu en France, et quel dommage. Je regrette que l'on n'est pas d'artiste aussi impliqué, talentueux, et humain que lui. Aussi passionné et passionnant aussi.

    Je conseil Stephen Fry in America avec la même ferveur que la tienne : une visite des 50 états des USA, présentés avec une honnêteté et un amour sincère pour ce pays qui a manqué être le sien ("And Steve was born"). Pour tous les curieux de cette nation, souvent critiquée, enviée et/ ou admirée, et qui, dans tous les cas, ne manque pas de nous interpeller.

    Puis évidemment il y a ses nombreux rôle au cinéma, dans les séries TV, ses sketchs, QI, ses documentaires ( que ce soir sur la bipolarité, son amour pour Wagner, ses origines familiales, sa passion pour Apple ou tout ce qui a un lien avec la nouvelle technologie, etc).

    Je vais m'arrêter ici, inutile d'en rajoutter, le suvi de son compte Twitter quelques jours est deja suffisant pour avoir une image assez net de cet homme assez incroyable.

    Je conseil fortement !

    Notez que je me fais violence pour ne pas continuer.....

    3
    Arakasi
    Mardi 18 Septembre 2012 à 20:58

    En voilà un article qu'il est cool ! Tu n'apprends rien à la fan de Fry que je suis -bien que je n'aie pas encore lu son autobiographie, honte à moi-, mais on ressent toute l'admiration que tu lui portes et il est en effet dur de ne pas la partager.
    Je l'ai personnellement connu à travers Hugh Laurie, mais il est impossible de ne pas tomber amoureuse de l'intelligence et de l'amour du personnage. Et puis il a vraiment l'air d'être, tout simplement, un mec bien. Le mot respect est en tout cas tout à fait juste.

    Je ne dirais pas non à quelques billets plus en détail sur son oeuvre, si ça te dit. ;)

    4
    amdsrs Profil de amdsrs
    Mardi 18 Septembre 2012 à 22:25

    Et oui, c'est probablement mon idole. En tout cas s'il ne devait en rester qu'un...

    J'ai dû beaucoup couper dans ce que je voulais mettre. Donc c'est sûr, il y aura d'autres articles à venir! Comment ne pas l'aimer?

    Merci beaucoup d'avoir commenté :)

    5
    amdsrs Profil de amdsrs
    Mardi 18 Septembre 2012 à 22:28

    à Akiha => j'adore ton avatar! Parks and Rec <3

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :