• Lettre ouverte

    Antoine (@Symphilein) a dégainé son clavier en ces temps de débats qui n'ont pas lieu d'être. Je le remercie du fond du coeur de publier ce billet d'humeur sur ce blog. N'hésitez pas à lui laisser un commentaire.

    ***

    Les prises de position personnelles rendues publiques sur internet, je trouve ça utile quand on est persuadé d'apporter quelque chose au débat. Aujourd'hui j'ai eu un déclic, et si vous trouvez que je passe trop vite sur certains sujets, que je suis trop vulgaire ou pas assez objectif, comprenez à quel point j'ai écrit cet article avec la rage aux tripes.

     

    Les discussions autour du mariage pour tous et de l'adoption pour les couples homosexuels ont commencé il y a quelques mois et jusqu'à maintenant, j'ai toujours estimé que mes opinions étaient très bien représentées par de grandes personnalités. Le débat faisait son chemin, je ricanais en voyant ces vieux abrutis défendre une vision de la société héritée du XIXe siècle. Ils étaient l'Ennemi, la chose éloignée dont on ne pouvait rien craindre.

    Alors aujourd'hui j'apprends que des gens que je connais depuis trois ans se permettent d'aller manifester pour défendre cette vision de la famille. J'essaie de comprendre, je n'y arrive pas. Des gens que j'ai essayé de rendre heureux, et qui me jugent égoïste avec ce désir d'élever un enfant. Des gens que j'ai aidés, et qui me jugent incapable d'accompagner un enfant dans sa vie. Des gens qui m'ont vu en couple avec un garçon, et qui disaient nous aimer tout en pensant que jamais un couple tel que le nôtre ne pourrait construire quelque chose d'aussi grand.

    Par pitié, oubliez ces « Faut pas que tu le prennes contre toi ».

    Comment pourrais-je ne pas le prendre contre moi ? Comment pouvez-vous penser que s'opposer au mariage et à l'adoption pour tous pourrait être compatible avec l'idée de me vouloir du bien ? Vous ne manifestez pas pour défendre un idéal désincarné, vous vous battez pour m'interdire à moi, Antoine, de fonder une famille. Et dire que l'homme et la femme sont complémentaires dans l'éducation d'un enfant, avec les torgnoles pour le père et les câlins pour la mère, c'est considérer que chaque sexe a son rôle, c'est faire de l'homosexualité un dysfonctionnement, et ça, je ne peux plus le souffrir. Je fais partie de ce groupe de gens que certains estiment encore dangereux, désaxés, obsédés ou criminels ; je fais partie de ces gens qui en ont assez qu'on leur crache au visage.

    Je devrais peut-être, selon vous, mesurer à quel point un enfant a besoin d'une mère et d'un père, moi qui ai perdu le mien. Alors, oui, j'aurais bien voulu qu'on me le laisse, mon père. Comprenez cependant qu'au moment de son décès, je n'ai pas pensé « Mince alors, j'ai perdu le repère masculin qui m'aidait à me construire ». Non, j'en ai voulu à la planète entière parce qu'on me privait de la personne qui m'élevait depuis quatorze ans. L’état français a toutefois jugé bon de me laisser ma mère : pour des centaines, des milliers d'enfants en France, tant que la loi n'entrera pas en vigueur, perdre le parent biologique, c'est perdre le parent adoptif. En un jour, à cause d'un vide juridique, on perd tout et on se retrouve dans un orphelinat.

    Mais je sais que vous ne pensez qu'au bien-être de l'enfant.

    Vous êtes bien placés pour le savoir, c'est d'ailleurs une belle chance que vous avez ! Avoir un père et une mère qui s'aiment et qui n'ont jamais pensé à divorcer, c'est beau. Mais êtes-vous heureux, dans votre vie ? Êtes-vous persuadé d'avoir pris le meilleur départ, de n'avoir aucun problème, d'être comblé par le destin ?

    Je connais des tas de gens malheureux, anxieux, mal dans leur pompes, en échec sur tous les tableaux, dont le père et la mère ont pourtant fait de leur mieux. Je ne citerai pas de noms, croyez-moi, ça prendrait beaucoup de temps.

    Mais les pauvres enfants de pédés ! Les pauvres enfants de goudous ! A la récréation, tous les autres les insulteront, les traiteront de « fils de gouines », d'erreurs de la nature, de demi-humains. C'est vrai, c'est bien connu, seuls les enfants de couples homosexuels doivent faire face à la cruauté de leurs camarades. Le petit obèse, la moche, celui qui bave, la fille manquée, celui-qui-est-trop-bizarre peuvent en témoigner, avec une meilleure situation familiale, les autres gamins auraient été gentils avec eux. Conneries. Ne sous-estimez pas la méchanceté des enfants qui se trouveront toujours des souffre-douleurs : si ce n'est pas l'orientation sexuelle de leurs parents, ce sera la couleur de leur peau, toujours une nuance trop foncée, leur nez, toujours trop gros, leur goûts, toujours trop « spéciaux ». Au collège, certes, je n'étais pas une lumière et pas spécialement agréable, mais jamais je n'ai eu besoin d'une situation familiale particulière pour me sentir la sous-merde de service quand je mangeais tout seul au self.

    Mais allez-y, battez-vous pour que l'homophobie soit encore un problème demain. Battez-vous pour que des milliers d'orphelins ne bénéficient pas de chances supplémentaires d'être adoptés. Battez-vous contre cette foule d'anonymes qui demandaient simplement à ne plus être mis de côtés. Battez-vous pour ressusciter la France coloniale ; les noirs, les asiatiques, les musulmans, les juifs, les femmes vous remercieront de tout leur cœur.

     

    Vous me donnez envie de vomir.

     

    Un jour je rentrerai chez moi avec ma fille sur le siège passager, elle sera à moitié endormie, et on écoutera Carry On de Fun, comme mon père me faisait écouter cette vieille chanson de John Lennon en me traduisant les paroles au fur et à mesure. Je lui dirai que c'est ce que j'écoutais à son âge, à l'époque où mon pays m'a prouvé que la volonté de trois cents mille réacs ne lui faisait pas peur quand il s'agissait d'être fidèle à ses principes.

    Mais c'est vrai, je pourrais avoir la décence de ne pas vouloir d'enfants. Je pourrais assumer ma différence, revendiquer une exception, c'est ce qui ferait ma richesse, et qui suis-je pour demander à la société de s'adapter à mes envies ? Si c'est ce que vous pensez, c'est de tout mon cœur que je vous suggère de remplacer le balai qui vous aide à tenir debout par un autre objet d'une nature plus chaleureuse.

    « Quelques uns des films qui ont marqué mon enfance"Mes moments à moi" »

  • Commentaires

    1
    OMFGlily
    Lundi 4 Février 2013 à 23:09
    Alors là, on se prend une grosse claque même en étant pour! Tu arrives à me faire être émue aux larmes. Bien que je ne comprendrais jamais ton cas, je ne peux que le soutenir! Je pense que tout le monde a le droit à une famille et au bonheur d'en avoir une!
    2
    Mardi 5 Février 2013 à 00:08

    Très belle "lettre ouverte" :)

    Je me reconnais quelque part dans tes mots, notamment parce que je me figurais comme toi que les "opposants" étaient "la chose éloignée dont on ne pouvait rien craindre." Puis tomber sur les manifestations à proximité, puis, de façon indirecte le plus souvent, découvrir qui, dans mes connaissances, avait manifesté. Pour ma part, moins la rage, parce que ce ne sont pas des proches mais souvent de simples "camarades" de promo, mais une sorte d'incompréhension et de je-sais-pas-comment-je-dois-réagir-à-ça mêlé au malaise et à la blessure qu'une telle position suscite, malgré les récurrents dénis d'homophobie. Je n'ai pas encore revu ces personnes mais je pressens que le malaise sera bien là, et qu'il ne disparaîtra pas de sitôt.

    Tu as tellement raison (oui ça se dit pas mais tant pis) quand tu dis : "Par pitié, oubliez ces « Faut pas que tu le prennes contre toi »." C'est de manière générale le discours des opposants, qui nient la violence de leurs propos et du coup, ne font que les rendre plus violents encore pour nous qui le vivons presque physiquement mal : résultat, on est blessé, non seulement par l'homophobie, mais aussi par sa banalisation, tant elle se dissimule bien dans du jargon au choix (pseudo) politique, (pseudo) religieux, (pseudo) psychologique, (pseudo) défenseur des enfants, mais surtout foncièrement homophobe, sexiste, d'une ignorance et d'une idéologie naturaliste absurdes/irréalistes.

    Bref, merci, tout mon soutien, et mieux vaut se séparer de ces personnes effectivement.

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