• Les "Credits", petit lexique

    Lorsque j'étais jeunette, il y a maintenant un peu plus de 10 ans, je lisais quelques magazines séries qui ne me satisfaisaient pas vraiment. On y trouvait davantage de photos d'actrices de Charmed un peu dénudées que de véritables informations. (Même si j'avoue avoir bien profité des posters de Buffy qui se sont mis à orner ma chambre.)

    Et je me souviens très bien avoir un jour répondu à un petit questionnaire du (défunt?) magazine Arkanium (un genre de Séries Mag, mais en plus gothique. Enfin, gothique façon précurseur de Twilight hein) qui demandait à ses lecteurs de faire des suggestions d'articles. Et moi, du haut de mes 14 ou 15 ans, de demander que soit consacrée une rubrique à la production avec décryptage des différents postes (directeur photo, producteur, producteur consultant etc.) Inutile de préciser que ma suggestion n'a jamais été suivie d'effets...

    Donc aujourd'hui, mon moi adulte répond à la demande de mon moi adolescent. Voici un petit lexique explicatif des fameux credits américains. Il y a peut-être des erreurs et des imprécisions: je ne suis pas experte et surtout j'écris ça en vitesse entre deux séances de boulot. (Ou "à la place de travailler" plutôt, mais chuuut...)

    Les credits, qui défilent de manière continue après le générique, si générique il y a, respectent une hiérarchie: du moins important au plus important. Les derniers noms à apparaître sont toujours ceux du scénariste et du réalisateur.

    Pour ce qui est du scénariste justement, on trouve parfois différentes mentions. Le written by indique le scénariste qui en définitive "possède" l'épisode, qui en touchera donc les droits. C'est souvent celui qui a apporté l'idée en salle d'écriture mais pas nécessairement. Une histoire est discutée et travaillée en groupe (notamment pour les séries de network) mais ensuite un scénariste est désigné pour repartir cher lui l'écrire. C'est lui qui verra son nom précédé d'un "written by".

    Cette indication est parfois remplacée par: teleplay by, story by, adaptation by. Cela sert à marquer une différence entre celui qui a apporté l'histoire et celui qui a véritablement rédigé le script (teleplay). Certains scénaristes, comme Aaron Sorkin ou David E. Kelley, ont un style très précis et personnel et ont en plus un désir intense d'écriture. Ainsi Aaron Sorkin repasse-t-il quasiment tous les scénarios à la chaux de son style, donnant une unité et une unicité à ses séries aux dialogues et au rythme si percutants et si originaux. Beaucoup d'épisodes de The West Wing ont ainsi: story by X, teleplay by Aaron Sorkin.

    Revenons au début. Le générique vient de se finir et on peut lire:

    - story editor: c'est un aspirant scénariste qui fait ses classes en assurant le lien entre la production (accessoiristes, chaîne, équipe son etc.) et la salle d'écriture, le scénariste choisi.

    - le producer est un scénariste. C'est là que l'anglais peut nous induire en erreur. Il ne fait quasiment qu'écrire, mais comme tous les scénaristes il est aussi rompu à l'exercice de la production.

    - le supervising producer prend la tête de l'équipe de scénaristes lorsque le showrunner, qu'il seconde, est absent. On dit parfois, à tort, que Marti Noxon était showrunner de la saison 4 de Buffy. C'est faux car Joss Whedon n'a jamais cessé d'être showrunner, même lorsqu'occupé à lancer Angel, mais cela illustre bien la place décisive du supervising producer, qui peut agir en tant que showrunner de substitution.

    - le consulting producer est un statut souvent attribué à un scénariste expérimenté (on n'a pas dit âgé!) qui vient prêter main forte. C'est un titre qui souvent flatte le scénariste. (Parfois le titre est aussi utilisé juste pour faire venir un scénariste intérimaire.) Par exemple Barry M. Schkolnick, vieux routard de la télévision ayant écrit pour Law and order, a été consulting producer sur The Good Wife.

    - puis s'affichent bon nombre de executive producers (dont fait partie le showrunner dont le nom s'affiche en dernier). Ils sont de 2 à 5 et gèrent le quotidien de la série tant au niveau de l'écriture que de la production.

    - enfin le produced by est le seul "producer" qui n'est pas un scénariste mais s'occupe de l'aspect financier de la série.

    Le "co-" que l'on trouve devant producer par exemple, est un préfixe indiquant le caractère temporaire du poste: la personne a les responsabilités mais pas la paye qui va avec. Cela permet de donner sa chance à un scénariste non expérimenté.

    Le plus frappant est bien sûr l'omniprésence et l'omnipotence des scénaristes qui deviennent producteurs au sens matériel du terme et dont les fonctions dépassent largement la seule rédaction de scripts.

    Quelques exemples de parcours de scénaristes:

    Shawn Ryan a commencé comme story editor sur Nash Bridges, puis a été co-producer (a écrit 10 épisodes), faisant ainsi ses classes de scénaristes. Puis il a été producer sur Angel en saison 2, pour laquelle il a écrit 5 épisodes, avant d'être créateur (et donc showrunner/executive producer) de The Shield.

    Marti Noxon a commencé sur Buffy où elle a occupé quasiment tous les postes: story editor, co-producer (1998-1999), supervising producer (1999-2000), co-executive producer (2000-2001), et enfin executive producer (2001-2003). Elle a écrit 23 épisodes et en réalisé 2. École formidable que lui a offerte Joss Whedon. Elle officie depuis essentiellement en tant que consulting producer sur des shows aussi variés que Prison Break, Mad Men, Grey's Anatomy, Glee...

    Et pour finir, parlons des cartons de fin, voulez-vous? Petite série de vidéos présentant les maisons de production les plus notables qui rivalisent d'originalité ou de personnalité pour signer leur show. Voici des maisons de production appartenant à des scénaristes.

    Joss Whedon et sa fameuse "Mutant Enemy", dont le logo a, dit-on, été créé dans l'urgence et avec trois bouts de ficelle:

     

    Stephen J. Cannell que l'on voit vieillir de série en série, assis devant sa machine à écrire, et délaissant sa pipe, au fil de 21 Jump Street, Cobra, The Renegade (Le Rebelle), The A-Team...

     

    Steven Bochco (Hill Street Blues, NYPD Blue, Columbo...) a quant à lui choisi son père comme emblème de sa maison de production:

     

    David E. Kelley (The Practice, Ally McBeal, Picket Fences...)  a opté pour plus satirique.

    Et enfin, ancêtre du lolcat, le chat de la MTM Company (pour Mary Tyler Moore, grande actrice et productrice, dont je reparlerai dans ces pages), parodiant la MGM Company et son fameux lion:

     

    À bientôt!

    « "Change de chaîne, c'est la pub"Mary & Max - 1ère partie »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :