• Je préfère le matin

     

    Je préfère l'ouverture des Jeunes Filles en Fleur à celle de Swann. Comment peut-on vouloir revivre le soir ? Chaque fois que le soleil disparaît, revient l'ondulation primaire, le balancement qui ne cesse jamais : entre sanité et abîme, entre réel et tourmente. Même quand le corps est immobile, la lumière éteinte, les draps lourds sur la peau, l'esprit balance. Et avec lui tous les muscles, tous les organes, toutes les cellules. D'avant en arrière en avant en arrière. Jusqu'à ce que, soudain, on tombe. Alors, dans un sursaut du corps tout entier, on ouvre, effaré, les yeux et l'âme. Et l'incongruité du réel nous submerge. Qui pourrait préférer cela à la ligne continue du matin ?

    Le matin premier est celui des volants roulants pas entièrement baissés qui laissent filtrer la lumière. Sans lunettes, les petits ronds sont des taches qui rappellent les guirlandes du sapin. Elles se mêlent les unes aux autres, formant lignes et motifs.

    Rien n'est alors décidé, rien ne se joue d'autre que ma volonté dans ce temps suspendu.

    Au bord du monde.

    Pas d'oscillation mais ce mouvement plat, presque imperceptible, qui rapproche de ce que j'imagine être l'avant. Ou l'après. Avant que le monde ne se mette en branle, après qu'il se fut tu.

    Les yeux fermés ou à demi clos, l'ouïe et la vue à peine sensibles, bouger le moins possible pour juste être. Être totalement que c'est tout juste si on en perçoit les limites.

    Que l'éternité soit le matin sans cesse recommencé.

     

     

     

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