• HISTOIRES DE SÉRIES

    Coulisses de production, histoire du genre et autres clés pour comprendre les séries

  • Lorsque j'étais jeunette, il y a maintenant un peu plus de 10 ans, je lisais quelques magazines séries qui ne me satisfaisaient pas vraiment. On y trouvait davantage de photos d'actrices de Charmed un peu dénudées que de véritables informations. (Même si j'avoue avoir bien profité des posters de Buffy qui se sont mis à orner ma chambre.)

    Et je me souviens très bien avoir un jour répondu à un petit questionnaire du (défunt?) magazine Arkanium (un genre de Séries Mag, mais en plus gothique. Enfin, gothique façon précurseur de Twilight hein) qui demandait à ses lecteurs de faire des suggestions d'articles. Et moi, du haut de mes 14 ou 15 ans, de demander que soit consacrée une rubrique à la production avec décryptage des différents postes (directeur photo, producteur, producteur consultant etc.) Inutile de préciser que ma suggestion n'a jamais été suivie d'effets...

    Donc aujourd'hui, mon moi adulte répond à la demande de mon moi adolescent. Voici un petit lexique explicatif des fameux credits américains. Il y a peut-être des erreurs et des imprécisions: je ne suis pas experte et surtout j'écris ça en vitesse entre deux séances de boulot. (Ou "à la place de travailler" plutôt, mais chuuut...)

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  • Comme d'habitude je ne prétends pas être exhaustive mais juste donner quelques jalons et indicateurs. Vos commentaires sont les bienvenus, si vous souhaitez compléter ce billet. Désolée pour les plus avertis si j'énonce des choses qui vous paraissent évidentes, et pour les plus néophytes d'entre vous j'espère que mes explications seront claires.

    Bonne lecture!

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  • Petit tour d'horizon de l'impact (sans mauvais jeu de mots) du 11 septembre sur les séries. Comme d'habitude je ne prétends pas être exhaustive mais juste poser quelques jalons de cette période déjà historique pour nous. Quoique...

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  • Tel est le slogan du Parents Television Council, ou PTC, puissante organisation créée en 1995, dont le but est de faire la chasse aux dérives violentes ou sexuelles, ou tout simplement inconvenantes (on met ce qu'on veut sous ce terme...) de la télévision. Sous prétexte donc que les enfants regardent. Ce à quoi, soyons clairs d'entrée de jeu, on a simplement envie de répondre: vos enfants ne sont pas obligés de regarder, envoyez-les jouer dehors.

    Because our children are watching

    Ne comprenant que douze mille membres inscrits, c'est en réalité un lobby très puissant dont le mot d'ordre est "decency". Le PTC fait donc la chasse à tous les écarts, secondant ainsi très efficacement la FCC et la trouvant même laxiste...

    À coups de rapports annuels, le PTC fait des tableaux, dresse des comparaisons et accuse. Extrait de "Habitat for Profanity, Broadcast TV's sharp increase in foul language", étude commandée en 2010:

    "Network executives and others consistently defend the vast increase in offensive television content by saying, “if you don’t like it, don’t watch it,” or “use parental controls and the V-Chip to block it” – but when profanity and other offensive content is as pervasive as it has become, such “solutions” are utterly  meaningless."

    Car ce que déplore cette étude c'est l'augmentation considérable des "gros mots" entre 2005 et 2010. De manière très sérieuse, le PTC a enregistré et comparé près de 130 heures de programmes pour ces deux années à la même période (fall season), ce qui lui permet de dresser un tableau extrêmement précis des termes utilisés ainsi que l'accroissement de leur fréquence d'utilisation. L'occasion d'apprendre que hell, ass et damn sont les grands vainqueurs,  juste derrière cependant le bleeped fuck qui entre 2005 et 2010 a connu une augmentation de présence de 2409%! (oui, deux mille) Sachez quand même que damn est en nette perte de vitesse, ayant connu une baisse de 5%. Balls se positionne bien avec 200% d'augmentation de fréquence d'utilisation, juste devant boobs à 90% et piss à 83%. J'avoue avoir une petite tendresse pour les termes trop rares qui n'ont même pas le droit à leur propre ligne dans ce tableau et échouent dans la fosse commune des Other breasts et Other genitals.

    Mais ce rapport n'est pas que chiffres et pourcentages généraux, il mène une campagne ad hominem contre Chuck Lorre, élevé en symbole de ces créateurs (le mot est entre guillemets dans le rapport, marque ultime de mépris) que le PTC accuse de porter atteinte à la morale et de dévoyer la télévision.

    "Hollywood's "creative" personnel and their TV network distribution outlets have deliberately unleashed literally unparalleled levels of profanity and graphic language upon the public. [...] By so doing, these “creative” personnel – and the networks which employ them – exhibit continued defiance for the broadcast decency law, the American people whose airwaves they use, and the very concept of acting "in the public interest". "

    Chuck Lorre est la bête noire du PTC. À cause du contenu de Two and a half man mais surtout parce qu'il ne reste pas indifférent aux attaques de ce lobby. Dans son rapport annuel de 2009 déjà, le PTC consacrait une page entière à l'une de ses "victoires": avoir réussi à décourager certains sponsors de la sitcom. On peut ainsi lire page trois du rapport en question:

    "Due to the aggressive efforts of the PTC's corporate relations department, MORE THAN HALF THE SHOW'S SPONSORS dropped out of the programm!"

    Oui, la fierté est visible (les majuscules ne sont pas de moi, elles figurent telles quelles dans le rapport). Et le PTC de faire la liste (je n'ai pas compté, mais une bonne trentaine à vue de nez) des sponsors qui ont quitté le navire de Chuck Lorre.

    C'est par l'intermédiaire de ses Vanity Cards, publiées en fin d'épisodes, que Chuck Lorre règle ses comptes avec le PTC: jetez un oeil à la 226, à la 228 et surtout à la 244 dont les derniers mots sont les suivants:

    "Or perhaps you can just change the freakin' channel."


    Les rapports sont lisibles ici. Sur le site vous pouvez également accéder à l'avis du PTC pour chaque série de network. Essayez, c'est marrant de découvrir que Once Upon A Time est classée en "feu orange" pour langage, violence et même sexe. Oui, moi non plus, je n'aurais pas cru.

     


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  • Deux contre-pouvoirs, se transformant parfois en organes de censure, régissent la télévision américaine. Aujourd'hui on parle de la FCC.

    La FCC, pour Federal Communications Commission existe depuis 1934, où elle a commencé par gérer la radio. Car cette commission gère aussi bien le médium (les ondes, l'attribution des stations...) que le contenu, sur deux pôles: la décence et l'équilibre de la représentation des points de vue politiques (comptage du temps de parole des candidats par exemple). En cela la FCC est très proche de notre CSA, à une différence de taille près: la FCC a des pouvoirs bien réels sous la forme d'amendes (qui peuvent être plus que substantielles lorsqu'il s'agit de gros networks incriminés) ou même de suspension des autorisations de transmission.

    La FCC

    Les networks sont soumis aux règles de décence de la FCC, ce qui n'est pas le cas des chaînes câblés (pour le câble premium, type HBO). À bannir: les mots grossiers, le langage explicite et la nudité (même non sexuelle. Adieu donc le petit zizi innocent de Kirikou.) Vous n'êtes pas bien sûrs que votre série soit une production câblée ou de network? Je vous propose un test facile: le personnage féminin a-t-il conservé son soutien-gorge pour faire l'amour avec le beau héros? Oui, les règles de la FCC n'aident pas toujours à la vraisemblance. Pour ce qui est du langage explicite, les limites sont plus floues. Si les membres de la FCC s'étaient vraiment intéressés aux productions de Joss Whedon par exemple, certaines scènes n'auraient pas survécu aux ciseaux. Mais l'écriture était allusive ou trop métaphorique, la série a priori sans danger puisque cataloguée comme "adolescente", donc beaucoup de choses sont passées sans même alarmer le FCC. Souvent à la grande surprise de Whedon lui-même d'ailleurs (voir le commentaire audio de l'épisode "Waiting in the Wings" d'Angel). La FCC distingue cependant "obscenity" (interdite) et "indecency" (autorisée, ou plutôt tolérée, entre 22h et 6h du matin). Mais les règles changent en fonction des époques: ainsi dans les années 50 il était interdit de montrer un couple partageant le même lit, même si monsieur et madame étaient mariés! Les premiers à bénéficier d'une évolution des mentalités sont Samathan et Darrin (Jean-Pïerre) Stevens. Houlala, Ma Sorcière Bien-Aimée c'est plus hot que ce qu'on imagine!

    Pour ce qui est gros mots, petite liste des interdits: shit, piss, fuck, cunt, cocksucker, motherfucker, tits. Ou comme les appelle le comique George Carlin, "The 7 heavy words that affect your soul and keep the country from winning the war". Mais comme toujours, dès qu'il y a interdit, il y a contournement et les séries ont inventé leurs propres F word pour contrer la censure: "frak" disent les rescapés de Caprica, "frell" disent John Crichton et ses comparses. Et dans l'empire sino-américain de Firefly, on jure et on insulte en chinois. C'est plus classe et ça permet aux spectateurs d'imaginer le pire.

    Et puis après tout, comme l'a bien montré Jéjé de Perdusa, pas besoin de mettre les acteurs à poils pour faire la scène la plus érotique de la saison 2011-2012. Alicia et Will dans le 3x1 de The Good Wife en sont la preuve indubitable (attention, c'est hot):

    Mais si vous êtes américain et choqué par un programme ou une scène, sachez que vous pouvez remplir un formulaire de plainte en ligne: "take action!" vous dit la FCC sur son site. C'est très sérieux, ça s'appelle un "Form 475B - Obscene, Profane, and/or Indecent Broadcast Complaints" et c'est . Pendant la période avril-juin 2012, c'est 88 000 plaintes que la FCC a reçues (source). Mais la plupart concernait le médium (les réseaux, canaux, accessibilité des programmes aux malentendants etc.) plus que le contenu.

    Petit aperçu des plaintes répondant au formulaire 475B déposées en 2006 (document complet à lire ici). Je paraphrase un peu: la FCC suggère que les références explicites (l'adjectif est problématique, vous vous en doutez, car il laisse place à l'interprétation) suivantes soient évitées à tout prix: taille du pénis, taille des seins, éjaculation, masturbation, nudité, "urination" (hein?), "menstruations" (oui, les règles d'une femme c'est vulgaire), ainsi que les termes relevant de la "teen sex terminlogy" comme "rainbow parties", "high five" ou "tossed salad". (Oui, moi aussi je trouve ça mignon pourtant. Mais j'avoue ne pas être allée vérifier à quoi ça faisait référence). Cela dit la FCC tolère les termes "dick" et "dickhead" en tant qu'insultes, et vous avez le droit de dire "penis", "orgasm", "nipples" ou "breast" (oui, les seins c'est sale on vous dit, comme le kiki d'ailleurs) à condition que ce soit un "single, momentary use".

    Plus concrètement, en 2006, la FCC a condamné pour sa "shock value": Janet Jackson montrant un sein (souvenez-vous, elle avait dû faire des excuses publiques parce que son bustier avait eu une faiblesse momentanée), des jeunes ayant une scène de "group sex" dans un épisode de Without a trace (FBI: portés disparus) et un clip avec des plans répétés sur des fesses de femmes sur les paroles suivantes en fond: “I will give it to you through the ass”. La FCC a cependant considéré qu'étaient tolérables les plans de full-frontal nudity dans The Schindler's List, les insultes dans Saving Private Ryan "because of the film’s objective to convey the horrors of the Normandy Invasion", ou encore Oprah Winfrey discutant "teen sex" sur le plateau de son talk show parce que c'était fait dans un but informatif. Mais soyez bien conscients que si la FCC en parle dans son rapport c'est qu'il y a eu un grand nombre de plaintes déposées concernant ces films de Spielberg ainsi que l'émission d'Oprah. Avec bon sens la FCC rappelle que "Because parents were warned that the film contained material that unsuitable for all ages, parents had the necessary information to decide whether or not their children should be watching the program". Mais pour beaucoup cela ne suffit pas. Et la télévision devrait être 100% safe à tout heure du jour et de la nuit (bah oui, comment on fait sinon pour coller les enfants devant la télé, hein?).

    Voici un petit extrait de Studio 60, épisode "The Christmas Show", où est illustré le problème des règles de la FCC lorsqu'elles sont appliquées aveuglément.

    Allez, justement, la prochaine fois on parlera des parents pénibles.


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