• "For the love of God, tell a joke."

    Il y a quelques jours j'ai échangé des tweets avec @Doctor_Marv à propos du second degré et de l'humour dans les adaptations (en fait, j'ai l'impression que "réécriture" serait une dénomination plus juste mais c'est un autre débat) des comics au ciné. L'idée de fond était que l'Avengers de Whedon avait été une déception pour lui parce que trop comique, trop dans l'auto-dérision (notamment, parmi d'autres arguments). En ce qui me concerne, j'ai besoin de ce regard distancié que peut porter une oeuvre (un auteur) sur elle-même pour l'apprécier. Notamment dès qu'il s'agit d'une oeuvre "de genre".

    Je n'aime pas Star Wars (merci de faire la queue pour me lancer des pierres, y a foule) parce que le tout est tellement hautain que je n'y vois plus que l'irréalité. Seul Han Solo a grâce à mes yeux et m'a rendu certaines scènes moins pénibles. Tout le reste est pour moi extrêmement clos: je n'entre jamais dans l'univers, ne vibre pas avec lui et donc en aperçois avec d'autant plus de force toutes les incohérences et la vacuité psychologique. (Aïe. Merci de ne pas viser la tête, je porte des lunettes, vous avez pas le droit je vous rappelle. Aïe.)

    Si j'ai beaucoup aimé les Batman de Nolan sur le plan cinématographique, je n'ai jamais éprouvé aucun attachement pour les personnages. Les films fonctionnement quand même pour moi car le Joker et Bane ne sont de toute façon pas des personnages jouant sur l'empathie avec le spectateur mais sur la fascination. Cependant, que Batman s'en sorte ou crève n'a que peu d'importance pour moi. Je me soucie de le voir gagner (parce que le Bien contre le Mal, tout ça) mais en tant qu' "individu" Batman n'existe pas pour moi. Le fait que je sois imperméable au jeu de Christian Bale n'aide pas (ceci dit je l'ai bien aimé dans The Fighter et dans Equilibrium). Mais le principal problème est l'absence de second degré. L'humour de Nolan (si tant est qu'il existe... Aïe.) n'est pas le mien.C'est ce qui explique que je puisse regarder de nombreuses fois Avengers et avoir envie de regarder ce film, alors que même si les Batman m'ont plu, je n'éprouve pas le besoin de les revoir. Pourtant je pense que les films de Nolan sont objectivement meilleurs que celui de Whedon.

    Venant de quelqu'un qui n'a que peu d'intérêt pour les sitcoms, qui est si difficile en matière d'humour, cela peut surprendre. Ne vous méprenez pas: mes saisons préférées de Buffy sont celles considérées comme les plus sombres, mes épisodes préférés d'Angel sont ceux où les personnages souffrent et meurent. Je préférerai toujours un drama qui manie l'humour avec brio à une sitcom. (House a longtemps été la série qui m'a le plus fait rire par exemple.) Mais j'ai besoin de cette distance qu'offre l'humour (pas forcément à l'échelle d'un épisode) dès que l'histoire ne s'incrit pas dans un cadre dit "réaliste". J'aime donc ce qui est sur le fil: Farscape qui me fait pleurer, qui assume avec tellement de brio son statut de space opera, mais qui a ce regard un peu amusé sur elle-même. The Cabin in the Woods qui intègre cette distance dans des références méta (c'est à la mode) à l'écriture et au genre.

    Le 1er degré constant dans la SF/le fantastique/l'horreur m'éloigne paradoxalement de la fiction, il sape mon immersion, la croyance que je peux mettre dans ce que je suis en train de regarder (ou de lire). C'est peut-être parce que j'ai formé mon goût en matière de fiction de genre avec des séries de Whedon, celui qui met du dry wit partoutJ'ai toujours eu ce sentiment (que je ne saurais objectivement démontrer) que l'une des (nombreuses) raisons pour lesquelles la VF de Buffy est si mauvaise c'est parce que les acteurs originaux ont un ton particulier que les doubleurs ne rendent pas. Que de manière générale, l'écriture de Whedon se joue avec un ton particulier, en équilibre entre "ce que je fais est sérieux, croyez à mes histoires, elles disent quelque chose de vous" et "enfin tout ça c'est juste des histoires! du fun! de l'imaginaire". Et c'est justement l'étrange vérité bifrons de toute fiction pour moi, ce qui explique que les oeuvres qui reflètent cette nature de la fiction trouvent tellement de résonnance en moi.

     

    "Make it dark, make it grim, make it tough, but then, for the love of God, tell a joke."

    Joss Whedon (of course)

     

     

    (N.B.: Joss Whedon attribue d'ailleurs l'échec de X-Men (2000) à une mauvaise direction d'acteurs qui a fait jouer au 1er degré des répliques qui n'étaient pas du tout écrite pour cela, rendant le tout ridicule. N'ayant pas vu le film, je ne commente pas.)

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 24 Juin 2013 à 21:44
    watcher

    Je suis comme toi ! Après, tout est aussi question de timing, si la dérision me fait aussi plus "croire" à ce que je vois, aux enjeux dramatiques, quand elle tombe trop à des moments "forts", je trouve ça parfois gênant.

    Puis ya plusieurs types d'humour, et si celui de Whedon me fait toujours cet effet parce qu'il est au moins varié et jamais beauf, d'autres se foirent sur ce plan (Iron Man 3 o/), je crois que c'est juste question de pas prendre l'humour juste pour le gag, c'est ptet ma formation littéraire qui veut ça d'ailleurs, l'humour, c'est sérieux ! ^^

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