• Critique de livre par Elvire: "FOLLE DE LUI"

    Aujourd'hui, en auteur Guest Stars sur ce blog, Elvire (@Elvr__) fait la critique du dernier opus des aventures de Bridget Jones.

    Folle de lui (Bridget Jones: Mad About the Boy) sorti en 2013 outre Manche et en 2014 en France de Helen Fielding est le 3ème roman de la série initiée par le très célèbre Journal de Bridget Jones.

    Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Elvire a été très déçue par sa lecture...


     

    Critique de livre par Elvire: "FOLLE DE LUI"

    L’anglaise la plus célèbre de la littérature contemporaine est revenue l’année dernière avec de nouvelles aventures: Folle de lui.  

    Plus de Mr Darcy à l’horizon: on retrouve Bridget Jones dans la cinquantaine, avec deux enfants et en quête de l’amour après quatre années de jachère sentimentale. Voici le résumé très rapide de la situation, je ne veux pas vous « spoiler » outre mesure. Nous sommes donc plongés dans la vie d’une quinqua en 2014. Je dois vous l’avouer, je ne suis plus la cible. Autant les deux premiers tomes de la série peuvent me correspondre, autant je suis très loin d’avoir la cinquantaine. C’est peut être pour cela que je suis passée à côté du livre. Mais même si on ne peut pas s’identifier au personnage principal, il y a des défauts rédhibitoires dans ce dernier opus de notre britannique préférée.  

    Comment résumer Folle de lui ? Un condensé de sexisme et de grossophobie (et de body shaming en général) sur 441 pages. J’avais en tête que Bridget était une « icône » féministe de notre temps qui se débattait parmi les clichés et les pressions que la société veut faire peser sur les femmes, qui voulait mettre fin au diktat de l’apparence … Eh bien la Bridget Jones quinquagénaire s’est faite happer par cette société où l’apparence prime sur tout le reste.  

    Cela commence dès le prologue du livre. Bridget fantasme sur un homme mais elle culpabilise. J’y vois déjà un problème: pourquoi enseigne-t-on aux femmes que fantasmer est un problème ? Les pensées ne sont pas condamnables et encore moins des pensées sexuelles. Le fantasme n’est pas réservé qu’aux hommes, mesdames. Les femmes sont des êtres sexuels et sexuées. Mais disons qu’une femme trouve, à titre personnel, que ce n’est pas bien. Après tout, pourquoi pas. Le féminisme n’est-il pas une question de choix ? Mais ce qui est encore plus dérangeant, c’est la réponse que Bridget apporte à ses pensées qu’elle trouve déplacées: 

    « Bon, allons, pensons aux thèmes féministes, pré- et antiféministe dans … Oui, mais aahhhh, c’est tellement bon, ça me rend si heureuse ».  

    Donc quand on a du plaisir et des fantasmes, pensons au féminisme. C’est bien connu les féministes détestent les hommes et prônent une haine invétérée contre l’autre sexe et le plaisir. Et c’est comme ça que dès les premières pages, l’image qui me restait des deux précédents livres a commencé à s’effondrer petit à petit dans mon esprit. 

    Mais ce n’est pas tout. Quelques pages plus loin, on peut voir Bridget qui évoque une de ses anciennes amies qui a déménagé aux Etats-Unis. En effet, cette amie est partie dans la Silicon Valley avec « son mari.com épousé-contre-toute-attente-après-des-années-de-féminisme ». On reste dans la veine des féministes qui sont forcément contre le mariage car elles détestent tout ce qui ressemble de près ou de loin à un homme. Donc on apprend dans ce livre qu’on ne peut pas être féministe et mariée (et sûrement avoir des enfants).  

    Il y a deux fils conducteurs dans ce livre: la recherche de l’âme sœur (mais bon, c’est un thème récurrent pour Bridget Jones donc on s’attend à cela en achetant le bouquin) et son poids. Le livre est encore composé comme un journal intime avec le jour, la date et quelques informations: le nombre de followers sur Twitter, le nombre de minutes à penser au sexe, le nombre de texto envoyés, de mails lus… Mais ce qui ne change pas pendant tout le roman et qui figure à chaque fois en premier juste en dessous de la date, c’est son poids. Bridget et ses amis en sont convaincus: la chose qui l’aidera à se remettre dans la course à l’amour, c’est de perdre du poids. Elle commence le livre à 79kg. Et plus elle se met en tête qu’elle est prête à retomber amoureuse, plus le sujet du poids est abordé dans le livre.  

    Elle répète qu’elle doit perdre du poids pour séduire un homme mais n’arrive pas à se motiver. Jusqu'à l'élément déclencheur: elle va chez une masseuse qui lui dit que son ventre est horriblement flasque. On rappelle que Bridget a eu deux grossesses tardive (le plus jeune des enfants va à la maternelle) et qu’elle a plus de 50 ans. Avoir un ventre flasque avec tous ses facteurs ne semble pas étonnant, ce n’est pas non plus étonnant de vouloir revenir à sa silhouette d’autant. Mais là, c’est dit explicitement que la perte de poids n’est pas liée à une volonté totalement personnellement mais plutôt à une obligation pour séduire. Je trouve cette logique dérangeante. Je ne veux pas tomber dans l'idée de l'acceptation de soi à tout prix: une personne a le droit de vouloir (se) changer en cas de mal être ou pour le défi. Mais ce qui gênant ici c'est de brandir comme argument principal qu'on ne peut pas séduire à moins de maigrir. Et ça, j'ai beaucoup de mal à l'accepter car c'est approuver les diktats qui imposent un physique unique comme critère de beauté.

    Mais encore une fois, c’est la réaction face à cette remarque de la masseuse qui est encore plus gênante que tout ce que je viens d’évoquer. En effet, la masseuse propose à Bridget un centre pour traiter l’obésité… Oui vous avez bien lu, Bridget va donc dans un centre pour personnes atteintes d’obésité afin de perdre les kilos qu’elle pense avoir en trop. Je vous ferai grâce des passages dans ce centre où elle se complaît du regard des pensionnaires qui sont, eux, dans une obésité morbide (elle évoque une personne qui doit « pousser sa graisse sur un chariot »). Elle sort flattée de leurs regards pleins d’envie sans même se rendre compte de l’indécence de la situation.  

    Autre thème, celui de la femme qui doit essayer de trouver un équilibre entre ses enfants, son travail et sa vie de femme. De ce côté, je n’ai pas grand chose à redire, en partie car je ne peux pas juger. Bridget nous montre qu’on peut être sur tous les fronts, même si elle est débordée. Il y a quand même un petit hic: elle est souvent dépeinte comme une mère imparfaite et gaffeuse parce qu’elle arrive en retard, qu’elle ne surprotège pas ses enfants, qu’elle a une vie qui ne tourne pas exclusivement autour des enfants. Si les parents parfaits existaient, ça se saurait. Mais bizarrement, Bridget prend avec plus de philosophie le fait de ne pas être le cliché de la mère parfaite que de ne pas satisfaire aux sacro-saints critères de « beauté » imposés par la société.  

    Il y a d’autres thèmes que j’ai volontairement évincés de ma critique pour ne pas spoiler une partie du livre. Même s’ils sont intéressants, ils ne sont pas suffisamment approfondis alors qu’ils auraient pu l’être et auraient donné une autre lecture et éclairé un autre pan de la personnalité de Bridget Jones. L’auteur a préféré rester en surface ou alors rester dans un style plus léger en se concentrant encore une fois sur la quête de l’amour avec un grand A.  

    Même si je ne suis pas la cible d’un livre sur les pensées d’une quinqua qui essaye de trouver l’amour dans la société actuelle, ce n’est pas la seule raison qui a fait que je n’ai pas pu aimer ce livre. Fielding, et Bridget par la même occasion, sont tombées dans le piège tendu par cette société qu’elles espéraient dénoncer dans le premier livre. Cette lecture a été une grande déception pour moi. Je ne suis plus folle de Bridget.  

     

    par Elvire (@Elvr__)

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