• En ce dimanche soir un peu déprimant (comme le sont tous les dimanches soirs, c'est une des nécessités impérieuses de l'existence), j'ai décidé de faire une liste des films qui m'ont marquée lorsque j'étais enfant (déjà un peu grandinette, entre 7 et 12 ans). Séquence nostalgie années 80-90.

    Dans le désordre et choisis au hasard dans ma longue liste:

    1) WILLOW

    Willow (1988), écrit par George Lucas et réalisé par Ron Howard, est le conte de mon enfance. Cette réécriture féérique aux aspects très messianiques (la petite Elora est confiée à une rivière dans un berceau en osier) a tout ce qu'il faut pour plaire: de l'humour (grâce à Madmartigan interprété Val Kilmer), de l'action (idem) et de l'émotion. Il y a des nains, un méchant qui devient gentil, une fille qui se rebelle contre sa reine de mère, de la magie (plein), des cascades, des trolls, des fées, des animaux qui parlent et un happy end. Et Ron Howard filme le bébé comme un personnage à part entière, captant des expressions surprenantes et toujours à propos. Alors oui, les effets spéciaux et même la narration ont vieilli, mais pour l'avoir revu récemment ça a plutôt bien vieilli. Il y a un petit charme un peu désuet à ce film qui a su rester efficace pour ce qu'il est. Mais la charge affective qu'il revêt pour moi joue sans doute pour beaucoup dans mon opinion...

    2) INDIANA JONES ET LES AVENTURIERS DE L'ARCHE PERDUE

    Le film a perdu pas mal de son effet sur moi maintenant. Je l'ai revu l'an dernier et me suis plutôt ennuyée. Il n'empêche que pour la petite fille que j'étais Indiana Jones c'était génial! Beaucoup pour l'action d'ailleurs. J'étais toujours triste pour le petit singe (aujourd'hui encore je suis souvent plus émue par les morts d'animaux dans les films/séries que par les morts d'hommes. Ça me semble toujours plus "vrai" pour les animaux, comme s'il y avait un risque qu'ils meurent vraiment. Alors que ça n'arrive que dans Luck). Mais surtout j'adorais le fait que Indy se retrouve face à des serpents alors que c'est la seule chose qu'il craigne. Oui, les héros qui souffrent et sont faillibles c'était déjà un peu mon kiff. Mais surtout j'aimais qu'il batte les Nazis, car pour une raison que j'ignore j'étais passionnée par la Seconde Guerre Mondiale lorsque j'étais petite. (Ça m'a duré très longtemps...)

    3) E.T.

    On continue dans le Spielberg avec ce petit chef d'oeuvre d'émotions. Je ne l'ai jamais revu depuis que je suis grande (...) mais j'en garde des souvenirs extrêmements précis: la petite Drew Barrymore avec ses couettes qui hurle, les grenouilles qui s'échappent de l'école, ET dans les peluches, et surtout cette espèce de base hospitalière toute en couloirs souples et en sas, dans laquelle Elliot et ET sont retenus à la fin. C'est typiquement le genre de film que j'aimais mais que j'hésitais à chaque fois à revoir: beaucoup trop d'émotions pour mon petit coeur. Et une tension qui me prenait à la gorge. Est-ce que ça marcherait aussi bien sur moi aujourd'hui? Je ne veux pas le savoir et préfère garder intact le souvenir que j'en ai.

    4) L'HISTOIRE SANS FIN

    Quelques uns des films qui ont marqué mon enfance

    ARTAAAAAX! Gros traumatisme d'enfance. (Pourtant j'aimais pas les chevaux.) Mais je regardais ce film pour Falcor, l'espèce d'énorme chien volant que j'aurais rêvé d'avoir en ami. Je ne l'ai pas non plus revu depuis l'enfance, mais à mon avis les effets spéciaux font très mal aux yeux maintenant. Quant aux détails de l'histoire, pas beaucoup de souvenirs: des statues, Bastien et l'Impératrice (j'ai appris ce mot avec ce film), c'est tout.

    5) RETOUR VERS LE FUTUR 2

    Pourquoi le 2? Parce qu'on avait la cassette. Je crois même n'avoir jamais vu le 1. Le 3 oui par contre (on avait aussi la cassette), mais pour une raison qui m'échappe je l'aimais beaucoup moins. Retour vers le futur II c'est le skateboard volant qui avait l'air trop cool mais dont je me demandais comment ils arrivaient à ne pas tomber, moi qui déjà ne m'en sortais pas avec mes rollers Fisher-Price jaune, rouge et bleu. C'est aussi le méchant Beef, un almanach (là aussi j'ai appris un mot avec ce film), une pizza rikiki qui devient énorme passée au four, "du fumieeeeer!" (j'entends encore la voix résonner dans ma tête) et quelqu'un qui dit: "ce soir je ne peux pas sortir, faut que je me lave les cheveux". À l'époque je ne comprenais pas trop que c'était un "fuck you" déguisé. J'étais mignonne.

    6) QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT?

    Alors ÇA c'est du lourd! Je le connaissais par coeur et je l'adorais. Avec mes frères on reproduisait "la trempette" dans nos histoires. Mais moi la scène qui me marquait le plus c'était Roger hurlant "Heureux! E.R.E!". Oui, les fautes d'orthographe me perturbaient déjà, que voulez-vous, je n'étais pas l'enfant la plus cool de mon école...

    7) HOOK OU LA REVANCHE DU CAPITAINE CROCHET

    (J'avais la "vraie" cassette vidéo, pas un enregistrement de la télé, et la jaquette c'était cette affiche.) Robin Williams et Dustin Hoffman cabotinent à mort dans cette réécriture/suite de Peter Pan pour mon plus grand plaisir de petite fille. Et Julia Roberts en fée clochette est à croquer.

    8) LES AVENTURES DE JACK BURTON DANS LES GRIFFES DU MANDARIN

    Beaucoup beaucoup d'actions et des blagues un peu nulles. Plus de la magie, un sorcier chinois qui fait peur et une héroïne chiante mais drôle qui ne se laisse pas faire par Jack Burton. Pas de souvenirs précis mais je me souviens que je kiffais comme disent les jeunes d'aujourd'hui.

    9) LA FAMILLE ADDAMS

    La noirceur et le côté totalement décalé me fascinaient. Pourtant je n'ai jamais adhéré au style de Tim Burton qui reprend pas mal de ces éléments. Mais La Famille Addams c'était différent. D'abord j'aimais que Morticia et Gomez soient vraiment fous l'un de l'autre. Qu'il y ait de l'amour sincère entre les membres de cette famille, finalement plus équilibrée que beaucoup de leurs voisins, me parlait. Aujourd'hui encore j'aime les familles totalement dysfonctionnelles mais qui transpirent l'amour, comme dans Malcolm in the middle ou Raising Hope. Et puis dans La Famille Addams il y avait La Chose, Mortica qui coupe les fleurs de ses rosiers pour ne garder que les épines et surtout, il y avait le Cousin Machin.

    10) L'ARMÉE DES TÉNÈBRES (EVIL DEAD III)

    Voici le seul film d'horreur que j'ai jamais vu et apprécié étant enfant/ado. Je n'ai jamais été versée dans le genre, mon truc à moi c'était plutôt les films d'action et les buddy movies (Die Hard 1, 2 et 3, et surtout Leathal Weapon 1, 2 et 3 ont été regardés jusqu'à ce que la bande de la cassette perde ses couleurs). Mais L'Armée des Ténèbres c'est un film d'horreur comique (made in Sam Raimi), avec cette réplique culte: "Sale fils de pute! - N'insulte pas maman!" (Bon, comme ça c'est un peu nul, mais faut replacer dans le contexte aussi: c'est dit par squelettes en caoutchouc, et... Bon, je laisse tomber. Vous n'avez qu'à regarder.)

     

    J'ai terminé ma liste faite un peu au hasard. Il faudrait ajouter: Sister Act, The Mask, À la poursuite du Diamant Vert, Maman j'ai raté l'avion 1 et 2, Last Action Hero, Turner & Hooch, Robin des Bois prince des voleurs, Men in Black, Jumanji, Hudson Hawk, Casper, Rasta Rocket, Stargate, Sauvez Willy, Un flic à la maternelle, Les Ewoks.

    Je me relis et réalise qu'il n'y a que des films américains... Le seul film français qui me vient à l'esprit (et il me faut chercher) c'est Un Indien dans la Ville. Alors certes il n'y a pas que des chefs d'oeuvres (euphémisme) mais j'ai l'impression que dans les années 80 et 90 on faisait pas mal de films familiaux. Ils sont où les Robert Zemeckis et les Joe Dante des années 2010? Est-ce que je ne les remarque plus parce que j'ai passé l'âge et n'ai pas d'enfants?


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  • Mary & Max est un film sur l'échange où ne résonne aucun dialogue. C'est avec ce paradoxe que je souhaite introduire l'analyse de ce film d'animation d'Adam Elliot de 2009. (Il s'agit en fait de l'adaptation d'un cours que j'ai préparé pour mes BTS et je me suis dit que j'allais vous en faire profiter parce que ça ne sert à rien que ça reste dans mes cahiers. De fait, vous voudrez bien pardonner le ton parfois un peu scolaire de ce billet.)

    Solitude et isolement

    Tous les personnages ou presque de ce film sont seuls: la mère de Mary, Vera, est une alcoolique isolée à laquelle même son mari ne tient pas compagnie, trop occupé qu'il est à travailler, seul, dans une usine de sachets de thé, ou à s'adonner à sa passion pour la taxidermie, activité bien solitaire elle aussi. Et lorsque l'heure de la retraite sonne, le père de Mary délaisse le rembourrage d'oiseaux morts pour la détection de métaux, le casque sur les oreilles, sorte de barrière de mousse entre le monde et lui. Quant au voisin handicapé il est littéralement coupé du monde par son agoraphobie. Max aussi, comme le père de Mary, fait en sorte de se couper du monde: lorsqu'il sort il met des ear plugs et nose plugs pour ne pas être affecté par un environnement qu'il trouve menaçant et inconfortable. Mais Max et Mary souffrent plus de leur solitude qu'ils ne la recherchent (même si Mary va s'isoler dans une valise sur une étagère lorsque l'environnement scolaire est cruel).

    Pour pallier leur solitude pesante, Max et Mary ont recours aux animaux et à la fiction. Mary a ainsi un poulet et Max a un poisson, un perroquet et des escargots. Et les noms donnés sont empruntés aux êtres humains, prouvant par là leur fonction de compensation: c'est Ethel, Henry, Einstein ou Hawking.

    C'est chez Max que l'on dénombre le plus de subterfuges visant à soulager la solitude: outre les animaux, il a un ami imaginaire et une bouillote prénommée Sarah.

    Mary et Max partagent également une passion commune pour les Noblets, personnages de dessins animés aussi nombreux que Mary et Max sont seuls. Ils font tous deux la collection des figurines, et se plongent dans cet univers où personne ne souffre jamais d'isolement. La compensation de la solitude par l'écran, j'ose affirmer que vous qui me lisez et avez atterri, souvent en tant que seriephiles, sur ce blog, vous n'y êtes pas totalement étrangers.

     

    La communication comme thème central

    Mary & Max est un film sur la communication, ou plutôt sur son absence, compensée uniquement par l'échange postal. Tous les personnages sont montrés souffrant d'une incapacité à établir des relations de communication sereines ou efficaces avec autrui. Et même le psychiatre de Max est incapable de se faire entendre, ses propos restant inaudibles sous sa grosse moustache. Quant à Damian, l'amoureux puis époux de Max, il est bègue. La voisine de Max, seul être humain avec lequel il entretient ce qui peut s'apparenter à une relation, souffre de handicaps majeurs: "Ivy doesn't talk much and is blind".

    Mais c'est bien sûr Mary et Max qui souffrent le plus de cette communication empêchée. Mary n'a pour mode de relation aux autres que le conflit. Non pas qu'elle soit une enfant désagréable, non, mais les autres enfants s'arrêtent à son apparence de petite fille pauvre et pourvue d'une inesthétique tâche brune sur le front. Objet de moqueries à l'école, montrée toujours seule sur son banc, Mary est également incomprise par son institutrice qui lui reproche de ne pas sourire davantage. À cela la mère de Mary répond par une autre incompréhension, puisqu'au lieu de rendre sa fille heureuse, elle lui dessine un sourire sur le visage, pensant ainsi contenter la maîtresse.

    Mary a aussi des difficultés à se comprendre elle-même au début du film: elle garde toujours sur son doigt une moodring dont la couleur lui indique les émotions qu'elle ressent. Si la bague vire au noir c'est qu'elle est triste. Ou qu'elle a faim. En cela, elle est au début du film assez proche de Max qui souffre du syndrome d'Asperger, une forme d'autisme. (Trouble dont souffriraient Abed de Community et Sheldon de The Big Bang Theory.)

    Le personnage de Max se définit par son incapacité à communiquer avec les autres. Le narrateur le rappelle régulièrement dans le film, insistant toujours sur le trouble que le rapport aux autres cause à Max: "People confuse me", affirme-t-il, le narrateur confirmant: "Max found most people very confusing." De fait, les relations de Max avec le monde sont souvent conflictuelles: enfant il était bullied, comme Mary, il se fait rabrouer par une vieille dame alors qu'il propose une cigarette en chocolat à une petite fille... Les troubles de la communication provoquent une incompréhension se traduisant presque toujours par un rejet. "Max had trouble understanding non verbal signs" nous dit-on, alors que le personnage trimballe avec lui un petit carnet où sont dessinés deux smileys censés l'aider à déchiffrer si la personne en face de lui est contente ou non. Ces troubles de la communication poussent les personnages qui en souffrent à la marge de la société.

    Des marginaux

    Les personnages, même secondaires, de ce film sont tous à un degré ou à un autre exclus de la société des "gens normaux" à cause d'un handicap. Le voisin est agoraphobe, la mère est kleptomane et alcoolique, Damian est bègue (et étranger, ce qui n'est pas un handicap mais le met un peu en marge), Ivy est aveugle et même le chat de Max est borgne. Mary baigne bien sûr dans une misère sociale agravée par l'alcoolisme de sa mère qui lui met des pinces à linge pour remplacer les boutons de son manteau. Quant à Max, sa mère s'est suicidée après que son père les ont abandonnés.

    Le syndrome d'Asperger de Max l'empêche d'entrer pleinement dans la société même lorsqu'il le voudrait. Ainsi, ayant le béguin pour une collègue de travail, il lui offre pour la St Valentin un thermomètre rectal pour chats, persuadé de faire plaisir à cette amie des félins. Cette incompréhension des codes sociaux le met à l'écart, freinant une éventuelle envie de créer du contact. Et ce n'est pas ses propres réactions qui pourraient le réintégrer dans la société "normale". En effet, il navigue entre incapacité à exprimer ses émotions (il n'a jamais pleuré, il sourit "dans sa tête" mais pas réellement) et débordement d'émotions comme lors de ses très fréquentes crises d'angoisse.

     

    Manger, manger, manger

    La nourriture est omniprésente dans le film et remplit son rôle si bien connu de compensation. Les personnages comblent un manque et trouvent du réconfort dans l'alcool (la mère de Mary, puis Mary elle-même lorsqu'elle tombe en dépression), le lait concentré sucré (boisson préférée de Mary) et surtout le chocolat. Il n'est pas anodin que le moment préféré de Mary soit le suivant: être assise devant les Noblets en buvant du lait concentré sucré avec son poulet de compagnie à ses côtés. Tous les substituts à l'affection parentale sont ici réunis. Même ses jouets sont touchés par cette intérêt débordant pour la nourriture puisqu'elle fabrique des colliers avec des paquets de chips qu'elle passe au four.

    Max souffre d'une hyperphagie qu'il n'arrive pas à juguler en dépit de sa participation à un groupe de parole. Il faut dire que son invention, les hot-dogs au chocolat, est diabolique.

    Après une de ses nombreuses crises de panique il en ingurgite même 36... D'ailleurs, dans une ses lettres envoyées à Mary, alors qu'il raconte son enfance, il passe sans aucune pause ni transition de "my mother shot herself" à la recette de hot-dogs au chocolat, prouvant par là l'aspect quasiment anxiolytique de la nourriture pour lui. D'ailleurs son perroquet se nomme Mr Biscuit, son ami imaginaire Mr Ravioli, et Max rythme ses semaines par ses repas et ses inventions de recette (hum le poulet au coca...).

    La nourriture agit aussi comme un intermédiaire entre les personnages. Ivy, la voisine, maintient la relation avec Max par la soupe qu'elle lui apporte. Mais surtout, dès le départ, la correspondance entre Mary et Max est marquée par l'échange de nourriture. Essentiellement de chocolat d'ailleurs. Les lettres (surtout celles de Max) témoignent de cette obsession de la nourriture: il en parle beaucoup, raconte ses recettes, ses menus et Mary lui donne des conseils diététiques assez... particuliers.

    Maybe you should only eat things beginning with the letter of each day. On Mondays you could only eat milkshakes, marshmallows and...mustard.

    Chacun envoie donc sans cesse à l'autre de la nourriture, sucrée, faisant ainsi découvrir des spécialités culinaires de son pays (l'Australie et les États-Unis) et élargissant ainsi les horizons. Il va sans dire que la nourriture revêt ici une valeur métaphorique puissante. Outre qu'elle symbolise l'échange comme ouverture à la culture et au mode de vie d'un autre que soi, elle insiste sur le fait que l'échange vient "nourrir" chacun des personnages. Le narrateur décode explicitement cela: "each nurrished the other". Mary écrit d'ailleurs sa seconde lettre sur du papier de boucher qui a servi à emballer de la viande, et lorsqu'elle lit la première lettre que Max lui envoie, on entend la comparaison suivante: "Mary drank his words like a bowl of alphabet soup". Le rapport à l'autre, donc chacun éprouve la faim, est enfin compensé par la correspondance, les lettres étant plus efficaces à combler le manque affectif que n'importe quel plat avalé goulûment en désespoir de cause.

     

    C'est tout pour cette fois. La suite est déjà faite mais pas rédigée, et pour l'instant mes copies m'attendent. J'espère que ça vous aura intéressés.

    À bientôt!

     


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  • J'ai découvert Supernatural cette année. Comprenez par là que j'ai regardé les sept saisons en quelques mois, "englouti" serait d'ailleurs un terme plus juste. L'an dernier, à la même période, j'avais fait pareil avec The West Wing. Oui, j'aime bien varier les genres...

     

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  • J'ai beaucoup aimé cet épisode que certains considéreront sans doute comme trop adressé aux enfants. Il est pour moi plus sombre qu'il n'en a l'air au premier abord. Certes, ça chevauche des tricératops, ça convoque des pharaonnes et des chasseurs du début du siècle, ça rigole pas mal et ça s'émerveille devant des dinosaures. Dans un vaisseau spatial. J'ai adhéré sans problème au concept, notamment parce que l'intrigue était simple mais à l'écriture plutôt solide (ça va souvent ensemble remarquez. Plus on ajoute d'éléments, plus la structure a intérêt à être pensée par un architecte hors pair, option équilibriste. Et à ce petit jeu il est déjà arrivé à Steven Moffat de se planter. Mais à vaincre sans péril on triomphe sans gloire.)

    Cependant cet épisode, très fun au demeurant, recèle des aspects plus sombres. Tout d'abord j'ai été frappée par le retour de la thématique du docteur-sauveur. Dans le 7x1, déjà, les Daleks appelaient le Docteur à la rescousse pour les sauver. Et le Docteur se retrouvait sur une planète au nom médical (asylum), face à des Daleks malades, et à une Oswin en plein délire de compensation. Ici encore il est appelé pour sauver, et ici encore la médecine fait son apparition comme thématique. Le Docteur est tout surpris que Solomon entende dans son nom d'abord un "guérisseur", un docteur au sens terreste bien banal. Et le Docteur soigne (comme Rory soigne son papa, parce que soudain on nous rappelle qu'il est infirmier, cela faisait bien longtemps que ça n'avait plus d'importance). Mais il soigne en faisant mal. Et peut-être est-ce une appréciation toute subjective que vous ne partagerez pas, mais j'ai été frappée par l'éclair de sadisme de cette scène: le Docteur m'a semblé trop heureux, l'espace d'une seconde, de faire mal à celui qui a exterminé les Siluriens et blessé papa Pond.

    très beau plan

    Car le Docteur de cet épisode, hilare à l'idée de chevaucher un tricératops, puéril à plusieurs moments, tue un homme, sans remords. Cette fin m'a choquée. Le Docteur, ce "coward, anytime" (souvenez du finale de la saison 1), tue. Lui qui a puni mais sans la tuer la Family of Blood, signe purement et simplement, trop calmement, l'arrêt de mort d'un homme, dans une scène qui aurait mérité d'être réalisée avec plus de tension (que ce soit au niveau de la musique, du jeu ou de la mise en scène). C'est le seul vrai reproche que j'adresse à cet épisode: cette scène devait être appuyée. Même si Solomon hurlant "Docteur", comme une accusation terrible juste au moment de mourir, était une très bonne idée.

    Dans tous les cas le Docteur, désormais protégé par un anonymat retrouvé (cet air de satisfaction lorsque l'ordinateur ne le reconnaît pas...), se sent tout puissant. Et l'on sait que ce n'est jamais bon signe (revoyez le magnifique "The Waters of Mars"). Est-ce parce qu'il se sent seul? Il est visiblement déçu que Rory et Amy demandent à rentrer à la maison après l'aventure, et il est allé cherché Nefertiti et Lestrade sans que ce soit vraiment justifié, si ce n'est par l'envie d'avoir un gang. Comme s'il ressentait le besoin d'avoir un public qui le freine dans ses accès de mégalomanie. D'ailleurs toutes les scènes où il cède à l'appel de la toute-puissance sont des scènes où il est séparé des autres personnages: c'est une volonté affichée du scénario à mon sens, bien visible lorsque Rory et son père sont forcés de rester avec les robots, du côté comique de la porte, alors que le Docteur entre seul du côté sombre, avec Solomon.

    On remarquera la mine presque menaçante et la réplique très adulte "don't judge me by your standards" alors qu'il est encore du "côté sombre" de la porte avec Solomon. Et dès que la porte s'ouvre, dès qu'il retrouve Rory, il frappe des mains, s'enthousiasme, fait une blague et chevauche le tricératops.

    Un énième avis sur "Dinosaurs on a spaceship"

     

    J'ai eu l'impression que seule la scène avec Amy, dans la salle de contrôle (avec ce présage macabre: "you'll be there till the end of me") était "vraie". J'entends par là que c'est le seul moment où le Docteur semble vraiment "là", présent, sincère avec quelqu'un d'autre qu'avec Solomon, et qu'il ne fanfaronne pas, qu'il ne force pas son côté enjoué et enfantin.

    Un énième avis sur "Dinosaurs on a spaceship"

    La présence du papa de Rory était un vrai bonheur. Parce que c'est ce qui a manqué, je trouve, dans les deux dernières saisons: des personnages secondaires vraiment attachants. Mais ne soyons pas dupes, il a une fonction avant tout: faire se concentrer l'attention de Rory sur quelqu'un d'autre que sur le Docteur, pour que ce dernier, même avec un gang, continue de rester seul. La caméra, par des gros plans sur son visage alors qu'il tourne le dos aux autres personnages ou qu'ils lui tournent le dos, le montre d'ailleurs à plusieurs reprises ayant des émotions ou des attitudes qu'il ne partage pas avec le "gang". Comme si les téléspectateurs seuls pouvaient saisir, l'espace d'un instant, le vrai Docteur, celui qui ne surjoue pas.

    Un énième avis sur "Dinosaurs on a spaceship"

    La constitution de ce gang, avec l'ajout de trois personnages tout de même, est en fait bien inutile puisque personne ne se soucie que le Docteur ait tué Solomon. Encore un problème à mon sens: Rory, au moins, aurait pu souligner cela. On imagine mal, pendant la période Russell T Davies, Rose, Martha ou Donna le laisser tuer un homme de sang froid sans faire une remarque. Donna qui avait d'ailleurs conseillé au Docteur de retrouver une compagne après le départ de Rose "because sometimes I think you need someone to stop you".

    Je vous laisse sur la scène la plus attendrissante de l'épisode: papa Pond, son thermos et sa boîte à casse-croûte, face à la lune.

     

    P.S.: ma réplique préférée de l'épisode, prononcée avec beaucoup de puissance dramatique

    Un énième avis sur "Dinosaurs on a spaceship"


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  • Une chose m'a quelque peu gênée dans le 7x1 de Doctor Who: lorsqu'on a la chance de faire jouer Anamaria Marinca, on ne se contente pas de lui donner un aussi petit rôle!

    C'est éprouvant mais ça vaut les larmes versées

    La revoir m'a bien sûr immédiatement fait penser à Sex Traffic, un unitaire en deux parties (oxymore) de 2004 de David Yates, avec John Simm notamment dans le rôle-titre. Un John Simm qui fait transpirer son personnage de compassion sincère, son meilleur rôle pour moi.

    Dans cette exploration du trafic des femmes, John Simm incarne un journaliste d'investigation et Anamaria Marinca une jeune roumaine vendue avec sa soeur à un réseau de prostitution. Cette plongée dans l'esclavage moderne est éprouvante pour le téléspectateur. Et on n'en sort pas indemnes. Mais ça vaut le coup. Ne serait-ce que pour découvrir la très juste et très émouvante Anamaria Marinca, que Steven Moffat a décidément bien sous-exploitée (mais peut-être la reverra-t-on au cours de la saison 7?).

    (En plus le DVD n'est qu'à 6 livres sur amazon uk. Ou disponible sur YouTube en plus d'une dizaine de parties pour les plus courageux.)

    En bonus je vous mets l'une de mes scènes préférées (pas de sous-titres là mais il y en a sur le dvd)

     

     

     


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