• CHOSES LUES

    Compte-rendus de lectures et autres considérations littéraires

  • ... on trouve:

     

    Sur mon étagère...

    - Moab is my Washpot de Stephen Fry: une autobiographie magnifique à l'image de son auteur, tour à tour drôle, émouvante, critique, caustique et pleine d'humanité. L'esprit à l'état pur, option tendresse. (non traduit)

     

     

     

     

     

    Sur mon étagère...

    - L'Enfant Éternel de Philippe Forest: autofiction (presque tout est vrai, sauf les noms) où l'auteur raconte la maladie et le décès de sa petite fille de quatre ans. À l'encontre des livres "remonteurs de moral" sur le sujet, qui vous enjoignent de profiter de la vie malgré tout. Pour Forest, l'indécence c'est le refus d'accueillir la douleur. Une des plus belles proses contemporaines et une réflexion poignante sur la mort. (Du même auteur, et à lire dans cet ordre: Tous les enfants sauf un, Toute la nuit, Le Chat de Schrödinger.)

     

     

     

    Sur mon étagère...

     

    - Le Choeur des Femmes de Martin Winckler: roman éthique qui vous fera réévaluer les professionnels de santé qui vous entourent. De beaux moments d'écriture, un livre qui se dévore, et une vision de l'humain qui inspire. (Également: En souvenir d'André et La Maladie de Sachs.)

     

     

     

     

    Sur mon étagère...

     

    - La Horde du Contrevent d'Alain Damasio: roman merveilleux quasiment indescriptible. (Et probablement intraduisible.) Une horde faite d'êtres de différentes natures part, à pied, à la recherche de la source du vent. Chaque personnage a son propre idiolecte que l'écriture retranscrit de manière hallucinante. Même pour les non amateurs du genre (comme moi), c'est une expérience de lecture unique.

     

     

     

    Sur mon étagère...

     

    - Moulins à Paroles d'Alan Bennett: de très courts textes où se racontent des personnages décalés. C'est absurde et tragique à la fois. De l'orfèvrerie. (Du même auteur: La mise à nu des époux Randsome et La reine des lectrices.)

     

     

     

     

     

    Sur mon étagère...- Le Chant des Sirènes de Val McDermid: le premier opus d'une série policière mettant en scène le policier Carol Jordan et le psychologue Tony Hill à la poursuite de serial killer. La construction des romans fait souvent alterner chapitre écrit du point de vue du meurtrier et chapitre suivant l'enquête. Haletant et attachant (même si gore et dernier opus un peu décevant). Une très bonne série télé en a été adaptée: The Wire in the Blood.  (À lire ensuite dans cet ordre: La Fureur dans le sang, La Dernière Tentation, La Souffrance des Autres (mon préféré), Sous les mains sanglantes, Fièvre. Deux autres sont parus, dont un ce mois-ci que je n'ai pas encore lu, mais qui n'ont pas été traduits.)

     

     

    Sur mon étagère...

     

    - Albucius de Pascal Quignard: roman-essai érudit mais qui m'envoûte. Sous prétexte d'écrire la biographie du rhéteur du premier siècle avant Jésus-Christ Albucius Silus, Quignard disserte sur la parole et le temps. Si vous avez aimé, je vous conseille aussi la série "Dernier Royaume" et notamment le premier, Les Ombres Errantes, ainsi que La Barque Silencieuse.

     


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  • Poursuite de l'exploration de ma modeste bibliothèque.

    Aujourd'hui je veux vous parler du livre qui m'a été le plus utile lorsque j'ai eu la chance de donner un cours d'introduction aux séries télé: Décoder les séries télévisées de Sarah Sépulchre.

    Ce livre à l'aspect très universitaire n'est pas des plus faciles d'accès. J'entends par là qu'il n'y a ni images ni anecdotes. Les auteurs (c'est un ouvrage collectif, mais Sarah Sépulchre en est le chef d'orchestre) ne "racontent pas" comme pourrait le faire Martin Winckler dont j'ai déjà parlé ici. N'offrez pas ce livre à votre maman pour l'inciter à regarder des séries ou pour lui donner des bases sur le sujet (pour cela je vous rappelle que Le petit éloge des séries télé est parfait.) Par contre, si vous êtes un vrai sériephile aimant lire des choses pointues et très informées, c'est un livre à côté duquel vous ne pouvez pas passer à mon avis.

    Le premier chapitre est consacré à l'histoire du genre (américain essentiellement, comme tout le reste du livre) de manière extrêmement précise et claire. La naissance de chaque genre est passée en revue, toutes les époques sont évoquées (j'ai trouvé les quelques pages sur les années 70 et 80 particulièrement intéressantes).

    Le second a pour objet la production et la programmation. Le troisième explore la forme sérielle (les formats, le genre feuilletonnant). Puis sont passés à la loupe le personnage (chapitre 4), les publics des séries télé dans une approche sociologique que j'ai personnellement trouvée moins intéressante (chapitre 5), les deux formes majeures du récit (chapitre 6: "récits cumulatifs et arcs narratifs"), et enfin le rapport entre série télé et réalités (sociales, temporelles, de production).

    Si je vous dis que c'est grâce à ce livre que j'ai véritablement assimilé comment fonctionne par exemple le système de financement des séries par la publicité, vous comprendrez, je pense, à quel style d'étude vous avez affaire!

    Donc, si vous êtes Lady Teruki ou Nicolas Robert (name dropping!) ou que vous faites des études en rapport avec l'audiovisuel, ce livre est une mine d'or. C'est en plus agréable à lire, ce qui n'est pas toujours le cas des livres universitaires.

    (Et contrairement à beaucoup de livres sur les séries que j'ai pu lire, je n'ai pas été agacée ni noté de grands "non!" rageurs dans la marge assortis de corrections du type "ça a été fait avant!", "argument non valable!"... Oui, je sais, j'ai une lecture active...)

    Décoder les séries télévisées, sous la direction de Sarah Sépulchre, De Boeck, Bruxelle, 2011. (256 pages) 18,50€ chez Amazon


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  • Je viens tout juste de terminer En souvenir d'André de Martin Winckler, il y a quelques minutes. Réaction à chaud.

    Ce roman est le témoignage d'un médecin, ou plutôt d'un soignant (Winckler est, à raison, très attaché à ce mot) qui soulage la douleur, parfois jusqu'à l'assistance à mourir. Dans un pays, dont il ne soit pas certain que ce soit la France, ou alors une France uchronique, qui condamne l'euthanasie et poursuit pénalement ceux qui aident à mourir, ce soignant rappelle de manière troublante les médecins avorteurs clandestins. Guidé par une éthique reposant davantage sur l'accompagnement et la veille que sur le fait de donner la mort, le soignant répond à une nécessité que la loi ignore avec des conséquences immorales et cruelles. Parce que refuser d'entendre la personne qui souhaite partir et refuser de lui prodiguer un accompagnement, c'est refuser de mettre des bornes au sentiment de toute-puissance de certains médecins qui, par péché d'orgueil, maintiennent en vie pour ne pas être mis en échec par la maladie du patient. Mais ce roman n'est pas un essai, il est une fiction dont on devine qu'elle doit tout de même reposer sur des expériences authentiques. Comme tous les livres de Martin Winckler.

    J'ai vis-à-vis de ce livre le même sentiment que vis-à-vis des autres romans de Winckler: je ne suis pas convaincue par la trame narrative que je trouve parfois facile. Mais comme tous ses autres romans, celui-ci est bien plus qu'une trame narrative, bien plus qu'une histoire. C'est un plaidoyer, parfois empreint d'une émouvante poésie, pour une éthique fondée sur l'écoute et la suspension du jugement. Un hymne à la liberté individuelle respectée, à la transmission, de praticien à praticien, mais aussi d'être à être, parce que transmettre son histoire c'est survivre un peu. Mais surtout c'est une exploration de la relation de soignant à patient (celui qui souffre comme le rappelle l'étymologie du mort, que ce soit physiquement ou moralement) qui met en lumière que l'écoute et le sentiment de closure de celui qui est en bout de course sont finalement bien plus importants que l'injection qui soulage pour une dernière fois, et peuvent même parfois s'y substituer.

    Il y a des moments de grâce sous la plume de Martin Winckler. Des moments qui valent à eux seuls la lecture. Je vous laisse sur deux extraits.

    "Mais parfois, tout ce qu'on fait pour soulager, rassurer, entourer, ne suffit pas. Parfois, la douleur n'habite ni le corps ni la pensée. Ce n'est plus exactement une douleur, mais le vide laissé par un morceau de soi arraché à l'emporte-pièce. Une absence, insondable, impossible à combler. Un manque. C'est ce qu'on ressent lorsqu'on passe toutes ses journées sans personne à qui parler, sans personne qui s'approche et se penche et met ses bras autour de vos épaules pendant que vous lisez assis dans le canapé, sans une main à effleurer lorsqu'elle ne fait que passer, sans un sourire à donner ou saisir. L'absence de l'autre est un enfer aussi. Ce n'est ni la douleur, ni la dépression, ni la solitude. C'est un sentiment plus pénible encore. Celui d'en avoir assez. Être las d'être là." p. 52

    "S'ouvrir sans questionner, écouter sans interrompre, entendre sans juger. Expliquer. Apaiser. Soulager. Je pensais, depuis longtemps déjà, qu'il n'est pas nécessaire d'être un professionnel pour accompagner celui qui choisit de mourir. Veiller fait partie de l'expérience humaine." p. 182


    En souvenir d'André, Martin Winckler, P.O.L., 2012. (200 pages, 16 €)


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  • Aujourd'hui j'ai lu, dans le bus et entre deux cours, le Petit éloge des séries télé de Martin Winckler (collection Folio à 2€). Et ma foi je dois dire que le titre est un peu mensonger. Bête que je suis je m'attendais à un éloge, une méditation poétique sur le bonheur que peuvent procurer ces petits instants télévisuels, les émotions qu'ils suscitent, la joie de retrouver semaine après semaine, année après année des personnages qui nous sont devenus plus intimes que nos propres voisins. Il n'en est rien.

    Ce Petit éloge des séries télé est en réalité une (certes parfaite) entrée en matière pour néophytes. Après un court chapitre sur la naissance de son amour pour les séries télé et la relation qu'il entretient avec elles, Martin Winckler détaille l'histoire et les modes de production (câble/network, guests star etc.) C'est lorsqu'il parle de la production française qu'il est le plus intéressant, pointant du doigt ce que Sullivan Le Postec ou Dominique Montay ont cent fois déploré: le manque de pouvoir accordé aux scénaristes et le manque d'ambition des chaînes.On retiendra aussi un passage inattendu à propos de la légitimité de se procurer illégalement des séries télé, un point de vue que j'ai toujours formulé comme il le fait et que je partage donc totalement. Quant à sa vindicte contre la censure et la vf, elle touche juste et convaincra sans doute ceux qui ne connaissent rien au problème. Avec comme argument majeur que la solution réside dans une revalorisation de l'image du téléspectateur, que les chaînes doivent cesser de considérer comme un être à l'intelligence inférieure. Car alors elles participent à forger cette infériorité.

    Un petit éloge? Pas vraiment

    Mais surtout Martin Winckler n'a de cesse de rétablir dans sa légitimité le goût pour les séries, rappelant qu'il n'est pas plus infâme que la cinéphilie ou la passion pour les romans. Parce que ce qui compte c'est avant tout une bonne histoire, le reste n'est que détails.

    Je vais être honnête, je n'ai pas appris grand chose. Mais j'ai eu envie de découvrir Evrybody Loves Raymond, Dharma & Greg et Minuit, le soir et de redonner sa chance à Justified. Et c'est déjà pas mal.

    Faut-il acheter ce livre? Oui. Parce que deux euros c'est peu pour soutenir l'édition, les séries et Martin Winckler. Et surtout parce que ce petit bouquin, d'à peine plus de cent pages, vous aurez envie de le coller entre les mains de la moindre personne regardant les séries en vf sur TF1, vous demandant pourquoi il n'y a que 12 épisodes dans Dexter ou vous disant que franchement, une série, c'est pas grand chose.

    Si vous avez déjà dans votre bibliothèque Les Miroirs de la Vie, ce bouquin sera sans doute de trop (mais bon, vu le prix est-ce une raison suffisante pour s'en priver?). Sinon c'est une bonne introduction à la plume sériphile de Winckler.

    Et puis, franchement, ce bouquin aurait pu être écrit par un ou deux autres dont nous n'aurions pas voulu... (je ne cite personne, mais ceux qui savent me comprendront.)

    Je pense en tout cas que ce Petit éloge des séries télé fera vraiment un excellent cadeau de Noël à moindre frais pour tous vos amis qui s'y connaissent moins que vous en séries.

    Je vous laisse sur cette phrase que j'ai retenue: "Stricto sensu, il n'y a pas de différence morale entre la censure exercée sur les séries par une chaîne française et celle d'un gouvernement autoritaire censurant des livres." p.85

    PS: Martin Winckler confirme dans ce livre qu'il est en train d'en écrire un autre sur House M.D. et l'éthique médicale!!! (mon enthousiasme justifie la présence des ces trois points d'exclamation peu esthétiques)

     

     EDIT: ladyteruki m'a fait l'honneur ce commentaire que je mets directement à la suite de mon billet, comme un bel addendum:

    Préambule : je suis d'une atroce partialité en matière de Martin Winckler. C'est mon idole. Alors que j'ai très peu d'idoles, toutes professions confondues. Je pense me faire tatouer son nom sur la fesse gauche un jour, ou l'équivalent qui ne nécessite l'usage d'aucune aiguille. Je l'adore. Je ne partage pas nécessairement ses goûts (ce qui est assez logique considérant le nombre de choses qui nous séparent), mais je partage totalement l'esprit qui semble être le sien vis-à-vis des séries.

    Pour autant je suis une vilaine, vilaine fan. J'ignorais totalement la sortie de ce livre et il a fallu que tu en parles pour que je plannifie un raid à la FNUC. Cet après-midi. Là, ya une heure dix. Et donc j'ai fini le livre voilà dix minutes. Et c'est tout ce que j'aime chez Winckler ! C'est la passion, l'envie, la curiosité, la tendresse... beaucoup de tendresse !

    Là où toi et moi divergeons, c'est sur la comparaison avec Les Miroirs de la Vie (que je n'ai pas ouvert depuis un an et demi, certes ; je te jure je me battrais des fois). Je crois qu'ils se complètent, plutôt, et que cela implique quelques zones communes, mais que Les Miroirs de la Vie avait quand même une mission d'histoire, d'éducation "théorique", que n'a pas l'Eloge, lequel replace certaines choses dans leur contexte, mais uniquement afin d'appuyer la démonstration de Winckler sur son rapport aux séries.
    Ce qui est incroyable dans ce livre, c'est que, alors que des ouvrages prétendant réhabiliter le genre, il en est sorti pas mal ces dernières années, Winckler prend un contrepied total en partant sur l'affectif, et la relation de l'affectif à l'intellectuel, en bref : la façon dont on vit les séries en tant que spectateur. Il ne veut pas simplement revenir sur l'histoire du genre, les grands titres et les noms importants, afin de poser les bases d'une connaissance des séries, il veut donner des repères et énonce des noms propres comme on évoque des amours anciennes.  Il ne veut pas juste parler de la qualité technique ou narrative de ces séries, comme tant d'autres le font parce qu'ils veulent convaincre une élite de daigner donner de l'importance (= leur très importante attention) aux séries, non, ça s'adresse à des gens qui ont un coeur et un cerveau fonctionnel et qui veulent combler l'un, l'autre ou les deux. L'Eloge ne réhabilite pas un support, il transmet une passion ! Il ne veut pas former des experts, il veut former des spectateurs instruits, parfaitement en possession des éléments pour devenir exigeants ; pas pour briller en société, mais pour eux-mêmes. L'Eloge est l'un des ouvrages les plus forts téléphagiquement que j'aie lus ces dernières années !

    Enfin sur l'essentiel, toi et moi sommes d'accord, bien-sûr, dit-elle en descendant de sa boîte à savon, en rangeant son fanion à l'effigie de Martin Winckler, et en se recoiffant. D'ailleurs j'ai déjà prévenu tous mes proches que ce serait leur cadeau de Noël cette année. Comme ça c'est fait. Merci en tous cas d'avoir publié, une fois de plus, un post d'utilité publique. Sans toi, j'aurais deux euros de plus dans la poche et ça ferait de moi un sad panda.


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