• Carnet ciné - LES 8 SALOPARDS

    Je me suis promis, cette année, de livrer une petite bafouille sur ces pages à chaque film vu au cinéma. L'exercice est aisé dès lors qu'il s'agit de films mineurs et peu sujets à débats. Plus ardue est la tâche lorsque l'objet du billet est un film sur le devant de la scène, comme c'est le cas pour chaque Tarantino. (Notez ici la belle métonymie. J'aimerais dire qu'elle reflète les auteurs de talent, comme on dit "le dernier Spielberg" ou "le meilleur Balzac"; mais la vérité c'est qu'on lit aussi dans la presse "le dernier Musso".)

     

    Carnet ciné - LES 8 SALOPARDS


     

    Pour l'anecdote, ma première expérience de The Hateful 8 a consisté en 20 minutes de film soudain interrompues par un gentil monsieur venu nous dire que suite à une erreur technique, la séance était annulée. Il faut croire que les dieux du cinéma étaient mécontents que nous allions voir en version numérique ("problème de serveur" a dit le monsieur) un film tourné sur pellicule.

    La compréhension des 8 Salopards gagnerait sans doute à conserver son titre original: The Hateful 8, car moins que des salopards (ce qu'ils sont également), les personnages sont avant tout pleins de haine. La haine des """gentils""" se cherche un alibi: haine contre l'homme noir, contre l'homme sudiste, contre l'homme nordiste... Finalement, les "méchants" n'ont pas cette hypocrisie: ils sont violents pour leur bien et leur survie, point. La clé du film réside sans aucun doute dans la différence faite par le bourreau entre la justice du Far West et la justice civilisée. Discours d'ailleurs incroyablement semblable à celui de Faith Yokas dans cet excellent épisode de Third Watch:

     

     

    Étrange film que celui-ci, qui pourrait être caricaturalement (et faussement) résumé à: un raciste et un noir s'allient pour tuer une femme. La plaisanterie (de mauvais goût) est tentante...

    Dans tous les cas, même la Française que je suis n'éprouve pas de difficultés à déceler dans Les 8 Salopards un miroir tendu à l'Amérique d'aujourd'hui (surtout dans les rapports Noirs/Blancs) nostalgique de cet âge d'or qui n'a jamais existé et mythifié par le western. Un peu comme l'a fait Deadwood. À la différence près que Tarantino propose d'abord un film hommage au cinéma, comme dans tous ses films.

    Il a été reproché à Tarantino de banaliser la violence, de la rendre "cool", graphique, cartoonesque. Pourtant, plus dans ce dernier film que dans les précédents, j'ai ressenti la mise en scène de l'extrême violence comme une critique de la violence elle-même. En effet, là où Kill Bill pouvait par moments offrir une version vernie et jouissive (car extrêmement cathartique) de la violence, Les 8 Salopards ne m'a fait ressentir que du dégoût, voire de l'horreur lors de l'avant-dernier chapitre flash-back du début de la journée. Parmi ces salopards, aucun ne peut faire office de héros et les """gentils""" ne semblent vivre que dans l'attente d'un prétexte civilisé pour faire éclater leur violence: provoquer une situation de légitime défense, être chasseur de primes pour se satisfaire de tuer ou de regarder tuer légalement, devenir shérif, venger son pays (Sudistes refusant la reddition), venger sa race... S'il y a une leçon à tirer, c'est que bourreau ou victime vengeresse qui prolonge le cycle, il n'y a que la mort au bout du chemin pour celui qui hait.

    J'ai tout de même préféré Django Unchained.

     

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