• Exceptionnellement ce blog série va se faire discussion politique.

    Petite explication de texte de cet article paru sur le site de valeurs actuelles que je vous invite donc à aller consulter avant de poursuivre la lecture de ce billet.

    Monsieur Tillinac vous commencez fort: pour vous la prétention à vouloir légaliser le mariage gay est une "vilenie", c'est-à-dire, selon la définition, une chose abjecte et vulgaire. Et d'utiliser l'histoire comme argument d'autorité. Car il est évident que s'en référer aux siècles et millénaires passés est source de sagesse dans tous les cas. Seulement vous jouez sur une confusion en affirmant que les sociétés n'ont jamais "nié, minoré ou escamoté" la différence fondamentale de genre, y compris dans les rites de fécondité. Vous confondez allégrement nature et culture. La nature veut qu'il y ait deux genres et la fécondation est tributaire de cette bipartition. Il serait ridicule de remettre cette vérité en question, et les homosexuels n'ont jamais prétendu vouloir faire des enfants naturellement (mais qu'ils continuent d'essayer, c'est toujours bon pour le moral).

    On passera sur le fait que parler dès le début de l'article de rites de fécondation permet insidieusement d'amener immédiatement la PMA sur le tapis dans un article concernant de prime abord le mariage. Ce mariage, Monsieur Tillinac, vous le reliez donc nécessairement à la fécondité: la différence de genre assure la "postérité" comme vous dites. Il ne s'agit pas de dire que homosexuelles et homosexuels n'existaient pas dans ces sociétés anciennes (ça toucherait à la stupidité), mais que "Aucun historien n’a repéré parmi la gent homosexuelle ou lesbienne la moindre exigence d’un statut légal de ses préférences affectives ou charnelles." Alors, prenons la société romaine, voulez-vous? Parce que c'est celle que je connais le mieux (peu en réalité) et qui a profondément forgé nos sociétés. Tout d'abord l'homosexualité (ou plutôt l'homophilie) était très répandue à Rome, même si ça ne s'enseigne pas tellement en initiation au latin en classe de 5e. (Pourtant ça ferait du bien à l'ouverture d'esprit et pourrait aider les élèves qui se découvrent homosexuels.) Pourquoi donc les Romains ne demandaient-ils pas un statut légal? Est-ce parce qu'ils avaient compris mieux que nous (victimes de la branchitude donc) que sans procréation point de salut? Non. C'est plus prosaïquement parce que l'homophilie s'exerçait entre un homme et un jeune homme nubile ou un esclave et qu'elle n'était en nul point condamnée mais au contraire valorisée. Pourquoi auraient-ils eu besoin d'un mariage puisque cette relation ne pouvait qu'être temporaire (jusqu'à la pousse de la première barbe du jeune homme) ou que les esclaves n'avaient de toute façon pas le même statut légal? (Quasiment aucune donnée sur l'homosexualité féminine à Rome car ce sont les hommes qui écrivaient, y compris l'histoire.) Établir des comparaisons et se fonder sur des sociétés anciennes aux moeurs radicalement différentes des autres pour justifier une position actuelle n'est pas chose aisée ou toujours pertinente Monsieur Tillinac. Mais si vous y tenez vraiment, comprenez que les Romains n'avaient nul besoin d'un droit au mariage entre homosexuels puisqu'ils pouvaient entretenir des relations extraconjugales avec d'autres hommes sans que cela ne pose problème à la société, et que la législation en place n'était pas dommageable pour eux (en termes de succession par exemple, puisque vous pouviez tout léguer à votre esclave amant). Maintenant, oui, c'est vrai, ils se mariaient tout de même, pour avoir une situation et une descendance. Mais rien ne les obligeait à aimer leur femme, et tout les autorisait à câliner l'esclave vivant à demeure. Mais là je commence à comprendre votre position en fait. Puisque vous tenez tellement à utiliser l'argument d'autorité historique pour défendre votre position, je vous propose la configuration familiale suivante: Paul est marié à Julie, qu'il n'aime pas. Mais qu'il traite tout de même très bien, on n'est pas des sauvages. Et en secret, Paul, de temps en temps, retrouve Marc dont il est amoureux. Mais Paul et Julie ont des enfants et sourient à l'église. Donc l'honneur, l'image et la vertu sont saufs. Parce que c'est cela finalement qui importe, n'est-ce pas? Que les homosexuels ne vous importunent pas par leur présence et leur existence.

    Ah oui, c'est cela, il faut que les homosexuels soient "normaux" dites-vous, et qu'ils rasent les murs, se fassent discrets et refusent de rejoindre la "communauté" à l'instar d'un Jean Genet. Il est d'abord bon de noter que votre souhait de n'avoir que des homosexuels "normaux" (c'est ceux qui ne se mettent pas de plumes dans le cul à la gay pride, j'ai bien compris?) est en contradiction avec votre "admiration" (disons votre dégoût moins fort) pour les homosexuels qui "se targuent de leur irrégularité". Donc il faut que ce soit des semi-normaux. Passer pour un hétérosexuel mais ne pas réclamer les mêmes droits. Ai-je bien résolu l'équation?

    Deuxièmement, c'est pas très sympa pour Genet que d'en faire un opposé au mariage pour tous. D'abord parce qu'il n'est pas là pour répondre et que faire parler les morts ce n'est bien que dans de la fiction. Ensuite parce que Jean Genet était plutôt du genre à être opposé à tout, et que votre mariage hétérosexuel chrétien bien pensant il n'en disait pas grand bien non plus. (Je pense qu'il aurait apprécié la tribune de Virginie Despentes dans Têtu, voyez-vous. Oups, je me mets moi aussi à lui prêter des intentions. Pardon. C'était juste pour qu'il se remette bien à l'endroit dans sa tombe.) Et sinon, le fait de fonder votre position à propos d'une question concernant tous les homosexuels sur l'avis d'un seul auteur gay, ou sur la position d'un groupe féministe, ne vous met pas mal à l'aise? Parce que voyez-vous, moi je ne pense pas que tous les journalistes chrétiens, tous les catholiques, tous les hommes hétérosexuels de 60 ans sont contre le mariage pour tous juste à cause de votre tribune.

    Attention, le paragraphe suivant a une belle tête de vainqueur:

    "La plupart des homos rasent les murs les jours de Gay Pride : ils refusent d’être encagés dans un ghetto qui les humilie et n’ont cure de passer devant un maire barré des trois couleurs, en une époque où l’institution du mariage civil a du plomb dans l’aile. Le mariage religieux aussi, pour d’autres raisons. Ou les mêmes s’il est vrai que l’état présent de nos moeurs résulte d’une déchristianisation au long cours. Autre débat." ... Ah. Donc: participer à la gay pride est humiliant (je note votre joli jeu de mot reposant sur l'antithèse puisque que "pride" signifie fierté). On voit déjà apparaître le mot "ghetto" qui annonce le sublime point Godwin de la fin du texte. Et au nom des homosexuels qui ne veulent donc pas se marier, inutile de voter la loi. Je vous ai parlé de mes amis Laurie et Régis, ainsi que de Aline et Joseph qui ne veulent pas se marier mais font leur vie ensemble? Parce que je voudrais savoir si, du coup, je dois dire à Marine et Florian qu'ils doivent annuler leur mariage en août prochain pour cette raison. Mais je dois vous avouer, Monsieur Tillinac, que ce qui me gêne le plus ce sont ces quatre petits mots placés, en loucedé comme diraient mes élèves: "pour d'autres raisons" à propos du refus du mariage religieux. Alors peut-être est-ce ma profession qui me fait trop verser dans l'herméneutique, mais je vais vous dire ce que j'ai compris: "les homosexuels refusent de se marier à l'église non pas pour ce que cela représente (car alors ce serait pour les mêmes raisons qu'ils refusent le mariage civil) mais parce qu'ils savent qu'ils sont impurs et vivent dans le péché." Ce n'est pas ce que vous vouliez dire? Toutes mes excuses alors. Mais avouez que le reste de l'article prête à confusion. Surtout quand la phrase suivante porte sur la déchristianisation. Le cerveau crée insidieusement des liens, voyez-vous.

    La suite de votre article est beaucoup moins drôle à commenter. Enfin, je veux dire que je vais avoir du mal à être plus drôle que vous. Alors d'abord va falloir m'expliquer le rapport avec la débâcle ("le symptôme d’un désordre mental et moral sans précédent repérable depuis la débâcle de juin 1940"), parce que là j'avoue, je sèche. Enfin si, ce qui me vient à l'esprit c'est que vous comparez les pro-mariage pour tous aux nazis, face à qui la France (la France bien, celle des gens aux bonnes valeurs) a cédé. Mais vous n'oseriez pas, si?

    "Le mot décadence s’impose pour définir cette idéologie du nivellement par la primauté de l’ego qui refuse d’encadrer les pulsions, d’ordonner les sentiments, de hiérarchiser les aspirations et de situer les marges en référence à une norme." Alors là je suis un peu gênée. Donc le problème c'est la primauté de l'ego? Donc on ne se marie pas pour soi personnellement, c'est ça? Ah non, c'est vrai, on se marie pour la postérité et la société. J'avais oublié. Pour ce qui est des sentiments qui s'ordonnent je peux comprendre dans une certaine mesure. Je veux dire que moi aussi j'aime plus ma mère que mon chien, et plus mes amis que mes voisins. Mais je suppose que vous voulez dire qu'aimer un être de sexe différent vaut plus qu'aimer quelqu'un du même sexe. Quant aux pulsions, bah oui, c'est vrai, ça s'encadre. Ça fait des miracles pour les prêtres. (Oui, c'était un coup bas. En même temps j'ai bien le droit, moi aussi, à un de temps en temps non?) Seulement, éclairez-moi sur quelque chose: au début vous étiez tout pro-nature, genre la fécondité c'est la réponse et tout. Mais les pulsions et les sentiments c'est naturel ou pas? Je ne reviens pas sur ce rappel à la norme, à nouveau. Mais puisque vous semblez si prompt à faire référence aux sociétés des siècles passés, je vous rappelle qu'à chaque époque sa norme et qu'à Rome on fait comme les Romains.

    "Le rap et Mozart, le tag et Vermeer, le graffiti et Proust, le prochain et le semblable, le couple et la paire, l’hétéro, l’homo, le bi, le trans : du pareil au même. Sinon on “discrimine”." Mettre sur le même plan la musique, l'art, la littérature et les êtres humains. Quelle classe.

    On arrive enfin à ce qui a motivé le choix de votre titre: on est pour le mariage pour être branché. Oh merci! Je suis si contente que vous me disiez que je suis à la mode! C'est vrai que l'égalité c'est branché. Les militants qui suivaient Martin Luther King étaient très in eux aussi. (Je suis désolée, j'ai du mal à répondre sérieusement à cette partie de votre tribune, faut dire que vous ne me facilitez pas la tâche aussi.)

    Enfin, la phrase en gras qui annonce ce joli point Godwin: "Rien de plus misérable que l’argument de l’air du temps. Dans l’Allemagne des années 1930, il incitait les masses à persécuter les juifs. Devait-on s’y soumettre ?" Et dans la France de 2012 l'air du temps, vicié par Civitas et leurs émules, incite à persécuter les homosexuels qui devraient vivre cachés pour ne pas vous offenser. Voyez, l'argument de l'air du temps peut être utilisé dans les deux sens Monsieur.

    Voilà, Monsieur, ce que j'avais à vous répondre. Pour mes amies catholiques pratiquantes et mes amis homosexuels, je ne pouvais pas rester silencieuse. Car vous les avez offensés, les unes comme les autres.

    Et au cas où cela contenterait vos valeurs putrides et hypocrites, sachez que je suis hétérosexuelle, fille d'un papa et d'une maman, mariés religieusement. Mais ils m'ont élevée dans la tolérance, le respect et l'amour. Des valeurs dont se réclame votre Église mais que parfois j'ai l'impression d'incarner mieux que vous. Alors que je suis athée.

     

    Si vous êtes catholique et en désaccord avec Monsieur Tillinac, sachez que vous pouvez signer cette pétition: http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2012N31600

     


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  • Par trois fois on m'a demandé ce que j'entendais par "série pilou" alors que je m'étais servie de l'expression. Je pensais que l'image coulait de source mais apparemment non. Explication d'une dénomination toute personnelle pour un concept que vous connaissez sans doute.

    Le pilou c'est l'autre nom de la flanelle, ce tissu tout doux et très chaud dont on fait les pyjamas (ceux des enfants surtout) et certains draps et housses de couette. Dans mon esprit le pilou est associé à ma parure de lit d'enfant, blanche à carreaux roses. (Je l'ai toujours et ne manque jamais une occasion de la resortir. Pour une sieste sur le canapé un dimanche après-midi froid et pluvieux, elle est parfaite.)

    La série pilou c'est donc celle que je connais bien et que je regarde lorsque le moral est bas ou que j'ai besoin d'être, le temps d'un épisode, transportée dans un lieu où les codes sont confortablement établis. Un lieu qui ne connaisse pas l'angoisse, le réalisme ou toutes ces choses si anxiogiènes qui rendent Six Feet Under et Oz magistrales mais n'ont pas un effet des plus bénéfiques sur ma dépression latente. Une série pilou est déjà bien connue et se regarde souvent dans le désordre, au hasard du DVD que l'on attrape ou du fichier que l'on ouvre. La pluie bat les carreaux, la tasse est chaude de thé ou de café, les pieds sont bien enfouis sous une couverture, le coussin calé sous la tête et le chien ronfle à côté. Il n'y a plus qu'à se laisser couler dans le temps suspendu d'un épisode que l'on connaît par coeur et dont la familiarité rassure. Nous étions sans doute déjà nombreux à rechercher ce plaisir de l'écho dans les cassettes cent fois jouées de nos dessins animés et films d'enfants. Pas surprenant donc que j'aie attribué à cette pratique un nom qui me rappelle l'enfance...

    Petite liste personnelle:

    - Friends que je connais par coeur

    - Gilmore Girls parce que Stars Hollow est le lieu où tout ira toujours bien, où la vie est facile et sécurisante.

    - Bunheads  pour les mêmes raisons. Amy Sherman-Palladino excelle dans la série pilou.

    - The West Wing et Studio 60. Oui, je sais, c'est étrange. Ce sont deux séries où tout ne se passe pas toujours pour le mieux (euphémisme) mais les personnages sont positifs et rassurants. Et surtout il y a dans ces séries un idéalisme qui redonne confiance. Et Bradley Whitford. (Je suis faible). Et les dialogues de Sorkin. Sports Night est à mettre dans la même catégorie.

    C'est là l'essentiel de mes séries pilou. On peut y ajouter un film: Peter's friends.

    Ce billet était juste une excuse pour ne pas retourner bosser tout de suite et a été quelque peu improvisé.

    Cela dit je suis curieuse de connaître vos séries pilou. Parce qu'on n'en a jamais assez sur une étagère ou dans un disque dur. Et que la couette en pilou, ça se partage!


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  • Ce soir j'ai envie de vous parler de celui dont j'ai dit qu'il était un de mes "héros de la vie réelle" lors du questionnaire de Proust. Alors "héros" est sans doute un terme trop fort, mais j'ai pour cet homme beaucoup d'admiration. J'arrête là le suspens superflu: Stephen Fry va être l'homme de ce billet.

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  • Encore un article sans texte. Le titre est explicite je pense. (Où l'on verra que les coffrets les plus originaux ou les plus beaux ne concernent pas forcément les séries les plus réussies...)

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  • Pour vous remettre du long billet d'hier, aujourd'hui vous n'aurez que des images.

    Voici quelques photos de panneaux publicitaires pour des séries, glanées çà et là sur internet depuis quelques années.

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