• Because our children are watching

    Tel est le slogan du Parents Television Council, ou PTC, puissante organisation créée en 1995, dont le but est de faire la chasse aux dérives violentes ou sexuelles, ou tout simplement inconvenantes (on met ce qu'on veut sous ce terme...) de la télévision. Sous prétexte donc que les enfants regardent. Ce à quoi, soyons clairs d'entrée de jeu, on a simplement envie de répondre: vos enfants ne sont pas obligés de regarder, envoyez-les jouer dehors.

    Because our children are watching

    Ne comprenant que douze mille membres inscrits, c'est en réalité un lobby très puissant dont le mot d'ordre est "decency". Le PTC fait donc la chasse à tous les écarts, secondant ainsi très efficacement la FCC et la trouvant même laxiste...

    À coups de rapports annuels, le PTC fait des tableaux, dresse des comparaisons et accuse. Extrait de "Habitat for Profanity, Broadcast TV's sharp increase in foul language", étude commandée en 2010:

    "Network executives and others consistently defend the vast increase in offensive television content by saying, “if you don’t like it, don’t watch it,” or “use parental controls and the V-Chip to block it” – but when profanity and other offensive content is as pervasive as it has become, such “solutions” are utterly  meaningless."

    Car ce que déplore cette étude c'est l'augmentation considérable des "gros mots" entre 2005 et 2010. De manière très sérieuse, le PTC a enregistré et comparé près de 130 heures de programmes pour ces deux années à la même période (fall season), ce qui lui permet de dresser un tableau extrêmement précis des termes utilisés ainsi que l'accroissement de leur fréquence d'utilisation. L'occasion d'apprendre que hell, ass et damn sont les grands vainqueurs,  juste derrière cependant le bleeped fuck qui entre 2005 et 2010 a connu une augmentation de présence de 2409%! (oui, deux mille) Sachez quand même que damn est en nette perte de vitesse, ayant connu une baisse de 5%. Balls se positionne bien avec 200% d'augmentation de fréquence d'utilisation, juste devant boobs à 90% et piss à 83%. J'avoue avoir une petite tendresse pour les termes trop rares qui n'ont même pas le droit à leur propre ligne dans ce tableau et échouent dans la fosse commune des Other breasts et Other genitals.

    Mais ce rapport n'est pas que chiffres et pourcentages généraux, il mène une campagne ad hominem contre Chuck Lorre, élevé en symbole de ces créateurs (le mot est entre guillemets dans le rapport, marque ultime de mépris) que le PTC accuse de porter atteinte à la morale et de dévoyer la télévision.

    "Hollywood's "creative" personnel and their TV network distribution outlets have deliberately unleashed literally unparalleled levels of profanity and graphic language upon the public. [...] By so doing, these “creative” personnel – and the networks which employ them – exhibit continued defiance for the broadcast decency law, the American people whose airwaves they use, and the very concept of acting "in the public interest". "

    Chuck Lorre est la bête noire du PTC. À cause du contenu de Two and a half man mais surtout parce qu'il ne reste pas indifférent aux attaques de ce lobby. Dans son rapport annuel de 2009 déjà, le PTC consacrait une page entière à l'une de ses "victoires": avoir réussi à décourager certains sponsors de la sitcom. On peut ainsi lire page trois du rapport en question:

    "Due to the aggressive efforts of the PTC's corporate relations department, MORE THAN HALF THE SHOW'S SPONSORS dropped out of the programm!"

    Oui, la fierté est visible (les majuscules ne sont pas de moi, elles figurent telles quelles dans le rapport). Et le PTC de faire la liste (je n'ai pas compté, mais une bonne trentaine à vue de nez) des sponsors qui ont quitté le navire de Chuck Lorre.

    C'est par l'intermédiaire de ses Vanity Cards, publiées en fin d'épisodes, que Chuck Lorre règle ses comptes avec le PTC: jetez un oeil à la 226, à la 228 et surtout à la 244 dont les derniers mots sont les suivants:

    "Or perhaps you can just change the freakin' channel."


    Les rapports sont lisibles ici. Sur le site vous pouvez également accéder à l'avis du PTC pour chaque série de network. Essayez, c'est marrant de découvrir que Once Upon A Time est classée en "feu orange" pour langage, violence et même sexe. Oui, moi non plus, je n'aurais pas cru.

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 28 Septembre 2012 à 20:35

    J'ignorais complètement que le PTC ne regroupait que 12 000 adhérents. Le terme de lobbying prend vraiment tout son sens, c'est fou.

    OUAT n'est pas acceptable ? Pas très étonnant. Même Gilmore Girls est borderline sur certains aspects pour eux !
    Bah oui mais en même temps, si tu peux même pas utiliser le terme "boobs" dans une série (mon Dieu quelle horreur, parler des mamelles de la femme !), pourtant assez inoffensif quand on le compare à d'autres pour les mêmes attributs féminins (genre "tits"), tu sens bien que tout devient tabou...

    Ce qui est effrayant c'est que pour eux, même des séries inoffensives (genre Gilmore Girls, pourtant lancée grâce à des aides pour la création de fiction familiale !) deviennent douteuses et incitent à la méfiance. Quel genre de fiction est possible avec ces critères ?
    Cela dit, c'est une vraie question. Les grossièretés, par exemple, qui sont au coeur de ton post, sont-elles nécessaires ? On trouve honteux (ou risible) de s'en passer et/ou de les bleeper, mais apportent-elles réellement un plus ? Parfois, oui, dans le cas de séries comme Oz ou The Wire qui se déroulent dans un contexte de rue où le vocabulaire participe à planter le décor. Mais sinon ? Nous porterions-nous plus mal si nous faisions une croix dessus ? Les scénaristes seraient-ils incapable de formuler certaines idées ou réactions sans ce vocabulaire ?

    Au-delà de ça... Derrière la problématique du PTC, il y a d'une part la protection des enfants. Oui, on peut se demander quelle est l'influence de ce que les plus jeunes regardent/voient à la télévision sur leur développement ou plus simplement la vision qu'ils ont du monde. C'est à double-tranchant, en réalité, car cela dépend autant de ce qu'ils voient que de la façon dont ils sont accompagnés dans leur visionnage. A mon sens, un enfant ne devrait jamais regarder quoi que ce soit seul pendant au moins les 10 premières années, de sorte que tout lui soit toujours décomposé, expliqué, décrypté. Le PTC estime que c'est aux chaînes de faire ce travail, et non au parent.
    Mais d'autre part, il y a un mouvement qui dépasse largement la question de la protection de ces chères têtes blondes, qu'on pourrait être prompt à assimiler à de la censure. C'est une certaine forme d'idéal conservateur qui se profile...

    Et pourtant, instinctivement, à plus forte raison en tant que Français (parce qu'on se croit souvent une culture moins conservatrice, et il y a une part d'auto-fiction là-dedans soyons clairs), on a envie de les envoyer se faire voir chez les Grecs, les gens du PTC. Effectivement, ils n'ont qu'à changer de chaîne/être plus autoritaires sur ce que peuvent voir leurs enfants/apprendre à leur progéniture les rudiments de la survie en milieu médiatique pluraliste (rayez la mention inutile).
    Mais quand on réfléchit, on a besoin, d'une certaine façon, de ces extrêmes, pour qu'il y ait un semblant d'équilibre. Leurs critères peuvent nous paraitre absurdes, et souvent ils le sont pour des gens plus libéraux, mais pour autant, s'ils ne faisaient pas leurs démarches, leurs boycotts et leurs études, où on en serait ? Il ne faut pas prendre ces gusses trop au sérieux, après tout, leur pression sur Chuck Lorre n'empêche pas ce mec de compter parmi les producteurs les plus riches de la télé de network, et Two and a Half Men a largement survécu aux expéditions punitives du PTC. Mais on peut quand même admettre que des psychorigides comme eux, s'en passer, ce serait aussi un peu une perspective effrayante, non ?

    2
    amdsrs Profil de amdsrs
    Samedi 29 Septembre 2012 à 13:12

    Merci pour ce très long commentaire! Et d'avoir lancé le débat. C'est un sujet que je trouve passionnant.

    Tout d'abord: "A mon sens, un enfant ne devrait jamais regarder quoi que ce soit seul pendant au moins les 10 premières années" => je suis d'accord avec toi (dès lors que ce n'est pas du programme fait pour les enfants. Même si les Totally Spies ça serait niet pour mes gosses. Mais tu vois ce que je veux dire.) Après, en ce qui concerne les gros mots, il faut voir que la fréquence d'utilisation n'est quand même pas extrême: un mot recensé 100 fois en 130 heures de programme, ce n'est pas choquant à mon sens. Les enfants entendent tous les jours des adultes être grossiers, et ce qu'il faut apprendre c'est quand et où utiliser ces mots. Et pas les bannir. Est-ce que ça apporte quelque chose à une série? Pas forcément. Mais ça n'apporte rien à nos conversations réelles non plus. C'est juste un outil de langage de plus. Personnellement j'aime formuler une phrase soutenue et prononcer soudain un terme familier pour jouer sur le rythme (ça marche bien pour attirer l'attention défaillante des élèves). Le principal problème c'est encore et toujours l'hypocrisie qu'il y a derrière et la définition de l'inconvenance ou du choquant. Dans le cadre de Once Upon A Time je trouve que c'est une série très familiale, une série que personnellement je pourrais regarder avec (j'insiste sur le terme) mes enfants de 7-8 ans si j'en avais. Parce que l'imaginaire permet plus de largesses. Alors que Buffy et Angel ne sont pas regardables avant au moins 12-14 ans de mon point de vue (et même 16 ans pour les saisons 5-7). Parce que "The Body" est un sens beaucoup plus violent que n'importe quelle fusillade "simple" diffusée sur un network où l'on voit que "c'est pour du faux".

    En fait la violence émotionnelle est le vrai problème. Tout ce qui est finalement très difficile de mesurer. Car je suis sûre que Chuck et Spooks par exemple comptent autant d'armes, d'explosion, de tortures etc. sur le papier, mais la première peut être regardée par des grands enfants/jeunes ados alors que la seconde est pour moi à réserver à un public adulte.

    C'est vrai que les dérives des créateurs sont courantes, et qu'il est très facile de tomber dans les travers de la référence sexuelle inutile ou de la vulgarité. Les créateurs les plus talentueux pour moi sont ceux qui parviennent à ménager plusieurs niveaux de lecture avec pour principe que si tu n'es pas en âge de comprendre l'allusion alors tu ne la verras pas. C'est ce qu'il se passe avec Bob l'Éponge, mais aussi dans Angel par exemple (Angel enlevant sa veste pour la mettre devant son pantalon en sortant de la loge dans Waiting in the Wings).

    Je comprends ce que tu veux dire à propos de l'importance d'un garde-fou qui puisse maintenir une certaine limite, un contre-pouvoir. Mais le problème est que ce conservatisme ne tient compte que des faits, du résultat et pas de l'intention. Alors que l'intention c'est tout ce qui importe.

    edit: je viens de lire la fiche Gilmore Girls sur le site du PTC. Je retiens cette phrase: " Additionally, many dates between Lorelai and Christopher end in a night of casual sex." => pour le PTC c'est une raison pour cataloguer la série en orange. On voit bien que c'est la morale conservatrice qui est en jeu. Que le sexe entre deux personnes non mariées est considéré comme immoral pour le PTC. Quand bien même ce sont des adultes consentants. Et c'est cette intrusion de jugements de valeurs sur des sujets qui ne concernent personne d'autre que des adultes consentants, qui me gène dans les pratiques du PTC.

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