• Avengers: Age of Ultron - Remarques en vrac

    Je suis allée voir deux fois Avengers: Age of Ultron au cinéma. La première fois avec un fan de comics très enthousiaste, la seconde avec deux sériephiles plutôt hostiles. Pourquoi deux fois? Parce que je sais d'expérience qu'une oeuvre signée Joss Whedon s'apprécie de plus en plus à mesure qu'on la revoie. Ainsi, j'étais sortie un peu indifférente du premier Avengers, que j'ai fini par vraiment aimer au fil des revisionnages. Mais bien sûr, il a fallu que ce 2e opus made in Whedon me fasse mentir: premier visionnage très apprécié, deuxième plus décevant. Il faut dire qu'aller au cinéma avec un carnet de notes et dans le but de désosser un film n'aide pas à fermer les yeux sur ses défauts...

    Avengers: Age of Ultron - Remarques en vrac

    Le premier défaut, dont découlent finalement tous les autres, vient du fait qu'Age of Ultron est lourdement handicapé par son off screen, ou pour le formuler autrement: le problème du film n'est pas ce qu'il dit/montre, mais ce qu'il omet. Et ce, à plusieurs niveaux.

    Tout d'abord, le boulet le plus embarrassant du film est bien sûr sa relation avec le Marvel Cinematic Universe. Joss Whedon voulait un film qui soit alpha et omega et pas un épisode au sein de la grande série cinématographique qu'est le MCU. En cela, j'ai la tristesse de dire qu'il a, de mon point de vue, échoué sur toute la ligne. Il est en effet très difficile de concevoir qu'un spectateur puisse s'immerger dans le film et l'apprécier véritablement s'il n'est pas en possession d'un solide bagage Marvel, qui inclut également quelques connaissances sur Agents of SHIELD, les comics, voire même Agent Carter! N'étant moi-même absolument pas lectrice de comics, je suis certaine d'être passée à côté de multiples références (comprises par la suite grâce à quelques articles bien informés dénichés sur la toile), et sans doute pourrait-on me rétorquer que saisir tous les clins d'oeil n'est pas requis pour profiter d'un film. Sauf que, là où le bât blesse, c'est qu'il ne s'agit pas de simples easter eggs destinés à faire sautiller de joie les fans, non. Ces références sont en réalité des pont narratifs devenus implicites, par exemple: la façon dont les Avengers découvrent qu'Ultron se rend sur le bateau repose sur une back story importante impliquant Wakanda, Ulysses Klaue et vibranium. (Vous n'avez rien compris? Rassurez-vous, moi non plus, j'ai dû faire quelques recherches après avoir vu le film...) Si ces éléments de l'intrigue ne vous disent rien, vous aurez juste l'impression d'un immense raccourci narratif plus que facile, tandis que les fans de Marvel y verront sans doute une cohérence forte. (Et je ne parle pas des fans du seul MCU, car ayant vu tous les films, et Agents of SHIELD, et Agent Carter, j'ai quand même été perdue.) Même chose pour le helicarrier: deus ex machina beaucoup trop artificiel dans le film, sa présence est en réalité justifée par l'une des intrigues de la deuxième saison de Agents of SHIELD. Et je ne parle même pas ici des liens avec les futurs films imposés à Whedon par les exécutifs du MCU: la scène des visions de Thor dans la grotte est une aberration d'un point de vue narratif. Lorsqu'on sait que sa présence dans l'intrigue est le fruit d'un chantage fait à Whedon ("si tu ne nous donnes pas la grotte, on t'interdit d'avoir la ferme"), on peut raisonnablement supposer qu'il y a eu d'autres exigences de ce type...

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    Outre ces problèmes de connexion avec le MCU, Age of Ultron est handicapé par d'autres omissions: les scènes coupées. On connaît la propension de Whedon à écrire, écrire, écrire, écrire... Ses scripts sont toujours beaucoup trop longs parce qu'il a besoin de faire interagir longuement ses personnages, de les faire abondamment parler pour saisir leur personnalité et enfin couper jusqu'à ne garder que ce qui est utile à l'intrigue. Or, ici, il semblerait que les ciseaux aient taillé dans le vif jusqu'à endommager certains des organes vitaux du film. Si bien que j'ai eu plusieurs fois l'étrange sensation d'avoir raté une scène... Cet inconfort a culminé au moment de la fameuse scène qui a déclenché l'ire de certaines féministes, à savoir le dialogue "I'm a monster" entre Black Widow et Bruce Banner. Si cette scène m'a gênée, c'est parce que j'ai eu l'impression qu'elle nous avait été imposée et qu'il lui manquait des prémisses. (Je parle de la scène en elle-même: je n'ai pas de problème avec le choix scénaristique d'une relation entre ces deux personnages, cela fait sens pour moi, même si j'aurais tout aussi bien accepté une relation Natasha-Clint.) La confession de Natasha tombe comme un cheveu sur la soupe et même les souvenirs réactivés par Scarlett Witch (la training house russe présentée dans Agent Carter, oui c'est pénible un peu ce toutéliage© (Perdusa)) ne suffisent pas à rendre organique cette déclaration au niveau du timing. Cette réduction de ce qui devait sans doute être un mastodonte de plus de 3 heures qui aurait pris son temps à un film de 2h40 n'a pas que des conséquences sur le plan émotionnel, il y a aussi quelques maladresses structurelles: il a fallu le 2e visionnage pour que je saisisse que les Avengers n'ont pas laissé Ultron s'enfuir sans rien faire après la première attaque lors de la fête. Au détour d'un dialogue, on comprend que Thor a poursuivi le légionnaire qui a volé le sceptre mais l'a perdu en route. Un ou deux plans aurait aidé à la compréhension...

    Je vais m'arrêter là en ce qui concerne les problèmes liés au off screen car je pense que vous avez compris où je voulais en venir. Bien évidemment, j'attends avec une grande curiosité le DVD qui devrait, si la rumeur dit vrai, contenir les nombreuses scènes coupées (voire un director's cut? ça serait miraculeux). Par exemple, le passé de Natasha était apparemment un mini-arc à lui tout seul. Déjà, sur le 1er Avengers, les scènes coupées avaient montré qu'on aurait pu avoir un meilleur film, plus complexe et plus noir du point de vue de la manipulation de Nick Fury notamment.

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    Ceci étant dit, il faut reconnaître à cet Age of Ultron un nombre certain de qualités. En premier lieu, on ne peut qu'être admiratif devant l'indéniable talent qu'a Whedon pour gérer un cast aussi large et une intrigue aussi fourmillante. Je ne crois pas qu'il y ait 15 réalisateurs au monde capables d'assurer un travail d'une telle ampleur en termes de gestion de storylines multiples et d'impératifs pratiques de réalisation. Ça a dû être un cauchemar question structuration des intrigues.

    Mais c'est surtout en ce qui concerne la thématique filée du monstre qu'Age of Ultron est intéressant. En effet, tout le film tourne autour de l'idée que vouloir la paix conduit à enfanter des monstres. Whedon lie plutôt habilement les grands thèmes classiques guerre/paix et créateur/créature/monstre. Age of Ultron n'avait ainsi pas besoin du SHIELD puisque Tony Stark incarne ici l'erreur de logique qui a conduit le SHIELD au désastre lorsqu'il a voulu exploiter le Tesseract, à savoir le principe: "si vis pacem, para bellum". ("Si tu veux la paix, prépare la guerre", le latin c'est bien.) Comme un mauvais présage, sur les murs de la petite bourgade de Sokovie, au début du film, on distingue des images de l'Iron Legion qui rappellent que nous ne sommes pas loin de l'État totalitaire. Le sous-texte est politique, ce qui est confirmé par la petite pique implicite contre l'obsession de Bush à mener la guerre en Irak formulée par Captain America jouant les bûcherons avec Tony ("Every time someone tries to win a war before it starts, innocent people die"). Ce "si vis pacem, para bellum" fait bien entendu écho au "peace in our time" de Ultron qui pose la question de la fin qui justifie les moyens.

    Cela m'a rappelé une autre histoire: dans Angel, l'arc de fin de saison 4 mettait en scène une déesse, Jasmine, qui apporte au monde entier paix et bonheur en échange d'une réduction de liberté et de quelques sacrifices humains quotidiens. Whedon interrogeait déjà la brûlante question d'actualité du rapport entre liberté et sécurité. Sans compter que Jasmine était là aussi un personnage-enfant, une créature littéralement sortie du ventre d'une mère et aimée de son père.

    Age of Ultron reprend ces ingrédients, même si c'est pour les cuisiner un peu différemment: Tony Stark est le père d'Ultron (la relation entre les deux est explicitement moquée par Tony lui-même: "Junior, you're breaking your father's heart") et Ultron énonce clairement que "everyone creates things they dread" en prenant pour exemple les enfants et retourne l'argument puisque comme le dit Cap: "Ultron thinks we are monsters". En fait, tout le film tend à révéler aux Avengers qu'ils sont des monstres ou des destructeurs (puisque comme dit Vision: "si j'étais un monstre, je ne le saurais pas") et c'est à cela que servent les séquences oniriques: Tony est celui qui a mené le monde à sa perte, Natasha a été élevée pour être une tueuse de sang froid, Heimdall dit à Thor "you're a destroyer"...  (Scarlett Witch dit même à propos de Tony: "Ultron can't tell the difference between saving the world and destroying it. Where do you think he gets that?") Ce n'est sans doute pas un hasard que les deux seuls personnages à être conscients de leur montruosité, Bruce et Natasha, soient les deux personnages à discuter de leur impossibilité à avoir des enfants. Il y a, je le sens confusément, tout une signification à découvrir dans ce rapport entre monstruosité, enfantement et création du mal dans l'espoir d'atteindre le bien.

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    Comme je sens que je vous perds un peu, je vous confie ce que j'ai écrit sur mon petit carnet Ryan Gosling (c'est un cadeau) pendant le 2e visionnage: "Cap ♡". J'ai encore une fois apprécié que Captain America incarne, sans être chiant ce qui relève de l'exploit, la lucidité morale et l'éthique: il est le 1er à s'opposer aux folies de Tony et place clairement les moyens avant la fin. Car pour lui, si on a recours à des moyens immoraux, alors on n'est plus digne de la fin heureuse que ces viles pratiques nous permettront d'atteindre. (Cela m'a rappelé The Operator dans Serenity qui obéit aux ordres et exécute les basses besognes de son gouvernement en précisant clairement qu'il n'aura pas sa place dans ce monde meilleur qu'il est en train de construire.) Pour Cap, il faut garder les mains propres. "We'll lose", lui répond Tony. Mais Cap a encore le dernier mot: "Then we'll do that together too". Il n'est ainsi pas surprenant que ce soit le personnage qui prenne en charge le sauvetage des gens ordinaires (qui ont beaucoup moins de place dans ce 2e opus). C'est d'ailleurs toujours agréable de voir que le film, contrairement à Man of Steel, ne perd pas de vue les civils qu'il s'agit toujours de protéger. C'est un réalisme appréciable.

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    Enfin, c'est encore et toujours dans les moments de calme que l'écriture de Whedon est la meilleure. La fête du début du film est tellement engageante, on aimerait presque avoir un film Avengers uniquement centré sur ces personnages faisant la tournée des bars... On retrouve la mixité des genres que Whedon affectionne tant, jazz en fond sonore, esthétique années 40... (Le décor m'a rappelé celui de Wolfram & Hart et de l'Hôtel Hyperion: mezzanine, escalier, rampes, espace ouvert où faire de longs plans séquences...) Le concours de lever de marteau est drôle dans sa moquerie des codes virils, ce que confirme le refus de Black Widow de participer à ce qui n'est un pissing contest... À propos de sexisme justement, j'ai été un peu surprise de la fronde féministe. Certes, Age of Ultron n'est pas un étendard féministe, mais j'ai un peu de mal à comprendre les arguments des détracteurs. Black Widow n'est pas diminuée par le fait d'avoir des sentiments, il n'est pas complètement aberrant qu'elle regrette de ne pas avoir le choix d'être mère (ou non!), elle est peut-être faite prisonnière et délivrée mais c'est après avoir sauvé les fesses de tout le monde en récupérant le futur Vision. Whedon a toujours écrit des oeuvres sur la famille mais pour la première fois il s'agit de la famille traditionnelle plutôt que de la famille reconstituée (façon groupe d'amis ou équipage de vaisseau), ce qui culmine avec l'intrigue d'Hawkeye et la réaction des autres personnages: Thor n'est pas à sa place ce qui est symbolisé par le trop facile écrabouillage de jouets, Natasha projette sa maternité refusée sur ses neveux et nièces jusqu'à espérer que le bébé porte son nom, Cap est gêné de voir ce à quoi il n'aura jamais droit (parce que son temps est révolu). C'est d'ailleurs pour cette raison que je trouve l'argument sexiste infondé: tous regrettent de n'avoir pas le choix d'une vie familiale normale, à part Tony dont on a vu qu'il crée une descendance de métal.

    J'aurais sans doute encore beaucoup d'autres choses à dire sur ce film, mais si déjà vous êtes arrivés jusqu'à cette phrase, je vous félicite!

    Pour résumer: j'attends le director's cut. Impatiemment.

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 6 Août 2015 à 11:38

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